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Palme d’Or du dernier Festival de Cannes, «Elephant» de Gus Van Sant revient sur le massacre emblématique du lycée de Columbine. Peu rassurant et donc très salutaire!
Représentant obstiné de la contre-culture américaine, le cinéaste Gus Van Sant s’est frotté à la grande industrie cinématographique, non sans succès (voir notre encadré). Produit par la chaîne de télévision indépendante HBO, «Elephant» est un «petit» film, tourné avec des acteurs non professionnels (pour la plupart), qui serait sans doute passé inaperçu s’il n’y avait eu la consécration cannoise. Reconstituant, sur le mode de la fiction, les tenants et les aboutissants de la fusillade du lycée de Columbine, Van Sant semble avoir beaucoup moins de certitudes que son collègue Michael Moore qui, une année auparavant, avait consacré à l’événement un documentaire militant un brin affirmatif, «Bowling For Columbine». Procédant par longs plansséquences, Van Sant reconstitue l’emploi du temps des différents acteurs de cette tragédie (lycéens, professeurs, victimes et meurtriers). Pour mémoire, un plan-séquence consiste à filmer une séquence entière en un seul plan (souvent mobile). Faisant précéder chaque plan-séquence par un carton qui indique le prénom du protagoniste dont on va suivre la trajectoire, le réalisateur revient à chaque fois, peu ou prou, au début du récit. Il reprend ainsi les mêmes scènes, mais selon le point de vue du personnage qui est filmé, empêchant par là toute interprétation linéaire et paresseuse des événements, avec, en sus, cette sensation, fondamentale, qu’il manquera toujours une pièce au puzzle!
Une épreuve salutaire
Le film s’écoule, inexorablement, vers un dénouement déjà connu du spectateur et dont Van Sant ne nous épargne rien.
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C’est ce qui fait la force de cette oeuvre terrible, car cette connaissance nous contraint à scruter tous les faits et gestes, à l’affût du moindre signe qui nous permettrait de «comprendre». A dessein, le cinéaste se garde bien de nous donner son avis sur cette équipée suicidaire commise par deux gosses très ordinaires qui, un jour, n’ont plus cru à leur futur et l’ont fait savoir armes à la main (acquises via Internet).
Van Sant n’explique rien. Son film n’a pas pour but de nous rassurer, mais, au contraire, de nous alarmer au plus profond de nous-mêmes - et non de nous stresser comme savent si bien le faire aujourd’hui les médias. Oui, comment Dieu est-ce possible d’interpréter une sonate de Beethoven avec tant de sensibilité, avant de partir massacrer ses camarades avec la plus froide détermination? Aussi éprouvante soit-elle, la vision d’«Elephant» est salutaire pour au moins deux raisons: primo, elle prouve que l’on peut mettre en scène la violence sans en faire un spectacle (et donc un objet de jouissance); secundo, elle nous plonge dans un abîme d’interrogations qui n’ont rien de métaphysique, mais nous rappellent au contraire à nos devoirs de civilisés de masses.
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