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Ce qui nous permet de fonctionner, sinon harmonieusement tout au moins «possiblement», en société, c’est une série de codes imposés distinguant avec précision ce qui est autorisé de ce qui ne l’est pas. Sans eux, sans ces diverses règles acquises au travers d’une multitude d’apprentissages distillés par la famille, l’école, les repères culturels, etc., nous errerions à l’intérieur d’une sorte de jungle, plus ou moins «animale» au sens péjoratif du terme, dans laquelle les plus forts, intouchables, feraient ce qu’ils voudraient. Sans égards, sans considération, sans soucis pour les autres.
Les lois, écrites ou non, se révèlent dès lors primordiales, pour ne pas dire indispensables. Elles induisent et balisent ce qui est acceptable, supportable, ce que l’individu est en droit de faire sans contrevenir à l’équilibre, à la santé de la communauté dans laquelle il gravite. Ces lois, parfois peut-être arbitraires aux yeux de certains, ne font pas qu’indiquer ce qui est permis; en relief de cette action pragmatique, elles génèrent la morale, au sens cette fois-ci noble du terme. Elles différencient, définissent le «bien» et le «mal», confirmant en cela des notions, même vagues, que nous avons certainement tous enfouies dans la profondeur de notre être. Ces lois, explicites, officialisées pour certaines, tacites, «intuitives» pour d’autres, engendrent ni plus ni moins que la civilisation, en opposition à la barbarie. Et c’est l’opportunité de la présence de ces limites, de ces... garde-fous (!), qui constitue la matière première du dossier de ce numéro.
Les lois coupent donc notre champ d’action en deux, désignant, d’un côté, non sans nous sécuriser, l’étendue de notre liberté, pointant, de l’autre côté et en corollaire, le doigt sur les faits et gestes qui nous sont prohibés. Voilà pour le premier degré, pour la réalité terre à terre, résumée à un «avant» et un «après» la barrière des interdits.
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Un schéma toutefois trop simpliste en ce sens qu’il nous réduit à deux seules dimensions, omettant de prendre en compte le fait que l’homme n’est pas qu’un acteur, qu’une créature qui agit dans le tangible. Réfléchir, rêver, méditer, laisser son âme vadrouiller: aucun règlement ne saurait régir le domaine de la pensée. Il existe donc une échappatoire, une faille au système bipolaire du «permis- interdit». L’interstice, l’ouverture sur l’autre monde, infiniment plus vaste et coloré, se nomme: l’imaginaire. L’imaginaire: une force qui est peut-être une spécificité humaine.
| «Réfléchir, rêver, méditer, laisser son âme vadrouiller: aucun règlement ne saurait régir le domaine de la pensée. Il existe donc une échappatoire, une faille au système bipolaire du «permis-interdit»» |
L’imaginaire: la soupape qui nous évite d’exploser, qui nous offre les horizons essentiels de la spiritualité, d’une certaine fluidité indispensable. Un outil extrêmement subtil, fragile, dont il importe de prendre soin tel qu’il nous a été donné. Vouant un véritable culte à la consommation, notre époque en oublie, en néglige souvent à la fois la délicatesse et la richesse. Ce faisant, elle «objectise», et tue du même coup, le songe, le désir, l’idéal...
Réhabilitons l’imaginaire: nous ferons oeuvre vitale. Et même si cela doit impliquer de ressusciter une notion largement décriée de nos jours: l’interdit. Nous vous proposons de nous lancer sur ce chemin en référence, en parallèle à une exposition, consacrée précisément à ce sujet, présentée actuellement au Musée d’ethnographie de Neuchâtel. Remises en question pas exclues - bornés s’abstenir.
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