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Voici un livre étonnant: un chien en est le personnage principal! De bout en bout, Dinka nous tient en haleine. Nous n’arrivons pas, si nous nous laissons tirer par sa laisse, à le quitter dans sa folle course pour retrouver sa maîtresse. Il importe peu qu’il nous conduise dans les rues de Jérusalem. L’objectif de l’auteur est moins de nous faire découvrir cette ville fascinante, qu’il habite, que de nous plonger dans une actualité qui ne l’épargne pas: le monde des adolescents saisis par les paradis artificiels.
Avec le chien, deux autres acteurs occupent le devant de la scène: Assaf, grand adolescent, occupé par la municipalité le temps de ses vacances, se voit confier la tâche de retrouver les propriétaires du chien abandonné; Tamar est, lui, à la recherche de son jeune frère afin de l’arracher à l’emprise de la drogue. Leurs quêtes se révèlent aussi difficiles l’une que l’autre. Elles nous font rencontrer des personnages hors du commun, telle cette moniale d’origine grecque, Theodora, enfermée depuis cinquante ans dans un hospice qu’elle a la charge de gérer sans que personne n’y vienne. Nous pénétrons surtout dans des milieux effrayants, comme ce prétendu foyer d’accueil et de rééducation où les jeunes qui s’y sont réfugiés sont exploités de manière éhontée en tant qu’artistes itinérants. Tamar sait qu’elle doit y découvrir son frère. Pour avoir quelque chance de pénétrer ce milieu sans trahir son objectif, elle se fait elle-même chanteuse de rue. A ce titre, elle y est admise avec son chien. Elle vivra diverses péripéties avant de pouvoir embarquer son frère et le conduire dans une grotte qu’elle lui a aménagée en bordure de ville.
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Elle prendra là le temps de le sevrer et de le soigner avant de le ramener chez leurs parents. Mais au moment où elle le pousse dans une voiture amie, elle égare son chien, comme s’il fallait qu’elle le perde pour récupérer son frère. Dans cet abri pourtant, Assaf, conduit par le flair de Dinka, la rejoindra enfin.
Grâce à un grand talent de romancier et beaucoup de subtilité, l’auteur nous fait partager les étapes de cette aventure. Il les enchaîne et les entremêle avec véracité. Ces deux adolescents suscitent en nous une réelle sympathie. Haletants, nous les suivons à travers les dangers qu’ils affrontent pour échapper à leur malédiction. Tout se passe bien pour eux, et nous les quittons avec émotion.
Il n’est pas innocent que Grossmann dédie son livre à ses enfants. Veut-il les mettre en garde contre la toxicomanie, cet univers infernal, à Jérusalem comme partout?
David Grossmann
Quelqu'un avec qui courir
Ed. du Seuil, 2003 |
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