La Vie Protestante neuchâteloise
n° 160 • décembre 2003
Noël, père et fils
édito

Tout de même, on ne va pas croire au Père Noël! Pensez donc: tout le monde sait qu’il est passé, le temps des cadeaux qui tombent du ciel. Dans une société de compétition, chaque avantage s’obtient de haute lutte, tout bénéfice doit se mériter. Il ne suffit plus d’avoir été gentil pendant l’année.

On ne croit plus au Père Noël. Et pourtant… A l’approche des fêtes de fin d’année, la machinerie commerciale mobilise toutes ses ressources pour nous «faire croire» le contraire. On nous vend du bonheur à toutes les sauces et dans tous les formats. Le Père Noël est devenu le grand intendant de cette frénésie. Il incarne la toute-puissance économique, seule capable d’assouvir nos envies les plus démesurées.

«On ne croit plus au Père Noël, mais on le regrette. La vie serait tellement plus simple avec ce vieux pépé moitié patriarche américain, moitié grand-père d’Heidi»

En fait, le Père Noël a tout du bon Dieu. Sa figure corpulente et généreuse rassure. Sa barbe ancestrale reprend l’imagerie traditionnelle du Père éternel perché sur son nuage. Comme Dieu, il vient du ciel. Comme lui, il est capable de traverser le temps et l’espace. Comme lui, il veille sur la bonne morale et devrait satisfaire toutes nos attentes. C’est sûr, les marchands de cadeaux n’oublient aucun de nos petits souliers. Pour les mériter, il nous suffit d’être gentils… et d’acheter.

On ne croit plus au Père Noël, mais on le regrette. La vie serait tellement plus simple avec ce vieux pépé moitié patriarche américain, moitié grand-père d’Heidi.

Il chatouille notre fantasme le plus inavoué: celui de posséder. Les enfants rêvent de ce père qui peut les combler de jouets par milliers. Les adultes brûlent de ressembler à ce riche dispensateur de bonheur. Dans un monde acide et froid, mangé par le stress et les conflits, le Père Noël apporte cette part de douceur qui manque tant. Un pur produit du génie publicitaire: pas de défauts, pas d’aspérités, pas de limites. Une histoire lisse et sage pour enfants bien lisses et bien sages. Quel contraste avec la rugosité des pailles de l’étable de Bethléem! Si le Père Noël paraît bien emmitouflé, le fils de Noël est plus mal loti. Si l’un surfe sur la prospérité, chargé de tous les cadeaux possibles, l’autre naît dans la précarité. Sans refuge pour la nuit, loin des enseignes clignotantes, il entre dans ce monde en toute discrétion. Noël de Jésus… Noël d’un Père qui donne un fils à l’humanité: le plus beau des cadeaux.

Que faire alors du Père Noël? Faut-il mépriser les visages d’enfants qui s’illuminent dès que le personnage passe le seuil de la maison? Pourquoi refuser cette part de rêve dans un monde qui, quoi que nous promettent les marchands, continue de respirer les contrariétés?

Le grand-père rougeaud fait désormais partie des multiples traditions qui enrichissent la fête. On peut l’apprécier, s’en amuser. Mais les vessies ne font toujours pas des lanternes: si le Père Noël nous laisse tomber une fois les fêtes passées, n’oublions pas que c’est le fils de Noël qui reste en janvier. C’est lui qui nous accompagne jusqu’au printemps et traverse avec nous les affres de la vie et de la mort. Pour nous, il ouvre larges les portes du renouveau. Si le Père Noël étanche notre soif d’illusion, le fils de Noël nous abreuve d’une confiance qui dépasse tous les cadeaux imaginables. On aime bien le Père Noël, mais pour y croire, je préfère le fils de Noël.

Cédric Némitz

   
   
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