La Vie Protestante neuchâteloise
n° 161 • février 2004
Les chrétiens retraités en mouvement…
à savoir

Connaissez-vous le MCR, autrement dit le Mouvement Chrétien des Retraités, appelé également Vie Montante? Sa responsable pour la Suisse, Thérèse Blanchut, fait ici les présentations.

Le passage à la retraite n’est plus à considérer comme autrefois, avec une lourde connotation de vieillesse, de maladie, de handicap ou de décrépitude. Aujourd’hui, la plupart des retraités sont actifs, dans la famille, au sein de l’Eglise, dans le sport, la culture, la politique, le bénévolat, etc. Entrer en retraite signifie donc entamer une nouvelle phase de vie. Il s’agit de donner à cette étape tout son sens, sa valeur, de découvrir et développer des talents peut-être ignorés ou inexploités pour grandir encore et en faire bénéficier les autres générations. Les retraités limités dans leur santé ou dans leurs moyens matériels sont eux aussi concernés: le coeur de l’homme a des aspirations qui ne dépendent ni de la mobilité ni du compte en banque.

«Entrer en retraite signifie donc entamer une nouvelle phase de vie. Il s’agit de donner à cette étape tout son sens, sa valeur»

Origine
C’est à l’initiative d’André d’Humières, retraité parisien, que le MCR est né en 1962 à Paris. Il s’agit d’un Mouvement d’Action Catholique pour les laïcs, géré par les laïcs et ouvert aux autres confessions. Très rapidement, il a essaimé en Europe, puis au-delà. Il est aujourd’hui présent sur tous les continents. La Vie Montante Internationale (VMI) fait partie, avec d’autres OIC, du Réseau Mondial Crescendo pour un vieillissement humain et chrétien, et l’ONU lui a, à ce titre, octroyé un statut consultatif spécial.

La Charte du MCR est résumée dans les termes: spiritualité - amitié - engagement.

Organisation
Le MCR est bien implanté dans les six cantons romands et dans les Missions de langue française de Bâle, Berne et Lucerne. Il compte environ 3’000 membres. Un Comité romand gère l’ensemble des initiatives. A ses rencontres régulières participent les responsables cantonaux et leurs aumôniers, prêtres, pasteurs ou laïcs. Dans les cantons, les groupes travaillent en secteurs et en paroisses suivant les régions. Le Mouvement est largement ouvert à l’oecuménisme; un pasteur réformé figure parmi les membres du Comité romand.

Activités
Une commission composée de membres suisses et, depuis quelques années, de membres belges, prépare un thème annuel proposé par les membres en fonction de l’actualité. C’est sur la base de ce thème que travaillent tous les groupes de Suisse et de la Belgique francophone. Le thème 2002-2003 était: «Oser l’espérance»; celui de 2003-2004 est: «Bâtir la paix». Il apprend à vivre en paix avec soi-même, avec les autres, avec l’Eglise et le monde pour atteindre la sérénité, source de la vraie joie.

Un journal, paraissant cinq fois par an, sert de lien entre les groupes, et offre des textes intéressants sur l’actualité sociale et la spiritualité.

La vie des groupes
Ils organisent des rencontres mensuelles basées sur le thème de l’année. Une équipe d’animation, composé en général d’animateurs laïcs accompagnés d’un prêtre ou d’un pasteur, les prépare. La Charte du Mouvement sert de fil rouge à ces rencontres. L’amitié: une première partie est réservée à l’accueil, aux nouvelles et aux informations. Ce n’est qu’après avoir créé un climat chaleureux et de confiance que l’on peut aborder la suite.

La spiritualité: la Parole de Dieu lue, méditée, approfondie en groupes, apporte le ressourcement nécessaire pour prendre des engagements concrets dans le quotidien. Ceux-ci sont pris soit par le groupe, soit par les personnes, suivant l’actualité. Les réunions se vivent dans une atmosphère très chaleureuse. Chacun peut s’y exprimer en toute franchise et confiance, poser des questions, faire part de doutes, partager ses joies et ses peines. Des prières, des chants, de la musique apportent la note joyeuse qui réjouit les coeurs. Les anniversaires et autres événements sont fêtés en faisant appel aux talents de chacun.

Originalité des groupes
Si tous les groupes travaillent sur la même base, ils sont très divers dans leur composition et leurs activités concrètes. Ils sont formés de quinze à trente personnes, ou plus suivant l’importance des paroisses. Ils ont toute liberté dans le choix de leurs engagements. Cela ouvre un large panorama qui fait toute la richesse du MCR. La plupart des groupes ont un engagement missionnaire, en Suisse ou dans les pays sous-développés. Ils organisent des ventes ou des collectes en faveur des plus défavorisés. Ils sont disponibles pour les paroisses, qui pour des visites aux malades ou dans les EMS, qui pour la liturgie ou tout autre service ponctuel. Il y a ceux qui savent travailler de leurs mains, qui tricotent ou fabriquent de la pâtisserie. Ceux qui visitent des prisonniers ou des réfugiés, ceux qui organisent des repas ouverts à tous. A part les actions ponctuelles, des groupes assurent un suivi dans le soutien d’écoles, d’hôpitaux ou par des parrainages. Tant de gestes qui valorisent ceux qui les accomplissent et qui sont une preuve de l’amour de Dieu pour ceux qui en profitent.

Témoignage
Ma présentation serait incomplète si je ne pouvais y ajouter mon expérience personnelle. Au moment de la retraite, j’ai hésité à entrer dans un mouvement qui me classait d’emblée parmi les «personnes âgées»! J’y ai découvert des valeurs, des amitiés, une nourriture spirituelle qui ont donné un nouvel élan à ma vie. J’ai rencontré des personnes très âgées riches d’énormément d’expériences, des jeunes retraités enthousiastes qui, ensemble, ont réalisé de grandes choses. Ces temps de réflexion et de partage m’ont fait grandir dans l’amour de Dieu et de mon prochain. Ils m’ont appris et m’apprennent encore chaque jour que la gloire de Dieu est l’homme debout, et que, jusqu’à son dernier souffle, celui-ci garde toute sa dignité.

Dans notre monde en perpétuelle mutation, les aînés ont un rôle de témoins à jouer. Ils ne pourront le remplir qu’en s’inspirant de l’amour de Dieu et en vivant au coeur du monde, respectueux du cheminement de chacun. Le MCR a donc sa place dans le monde de la retraite, mais aussi dans l’ensemble de la société puisqu’il propose sans imposer, dans le respect de la liberté et de la conscience de chacun. «Vieillissant, le juste fructifie encore. Il garde sa sève et sa verdeur pour annoncer que le Seigneur est bon» (Ps. 92, 15-16).  

Thérèse Blanchut

   
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