La Vie Protestante neuchâteloise
n° 162 • mars 2004
Solidarité et solidarité
page du CS

Témoigner de l’amour de Dieu en paroles et en actes, telle est la vocation première de toute personne qui répond à l’appel du Christ, de même que la mission fondamentale de l’EREN. Or être témoins, individuellement et collectivement, de cet amour-là dans le monde d’aujourd’hui, c’est s’inscrire dans une longue chaîne de solidarités dont certains aspects sont plus manifestes que d’autres.

Cette année, le Centre social protestant (CSP) et la Maison de Champréveyres fêtent leur 40 ans d’existence. Issues, tout comme Le Louverain, des grands chantiers de l’Eglise entrepris dans les années soixante, ces deux institutions sont avec Terre Nouvelle, les diverses formes d’aumônerie et la diaconie de proximité, la face la plus visible de la solidarité de l’EREN avec tout être humain, au près comme au loin. D’autres solidarités, moins visibles, sont cependant à l’oeuvre elles aussi pour que vive le corps du Christ et qu’il reste signe d’espérance dans un monde qui semble de plus en plus livré aux forces mortifères.

Dieu, origine de toutes nos solidarités

En Romains 8:32, l’âpotre Paul dit: «J’ai la certitude que rien ne peut nous séparer de son amour: ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni d’autres autorités ou puissances célestes, ni le présent, ni l’avenir, ni les forces d’en haut, ni celles d’en bas, ni aucune autre chose créée, rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ» Dieu porte à chacune de ses créatures, qu’elle le reconnaisse comme source et accomplissement de sa personne ou non, un amour radical et irréversible. Quelles que soient nos errances ou nos manquements, Il ne se désolidarise jamais de nous. S’Il nous semble parfois absent ou silencieux, particulièrement en période d’épreuves, c’est en réalité notre capacité à percevoir cette solidarité fondatrice qui fait défaut, trop habités que nous sommes par ce qui nous arrive. Mais Il est bien là, avec nous et pour toujours, jusqu’au coeur de nos infirmités physiques, affectives, sociales et spirituelles.

Solidarité avec soi-même

Forts de cette assurance, il nous est alors donné de nous solidariser plus étroitement avec nous-mêmes. Au plan personnel, nous entrons dans une liberté et une authenticité nouvelles parce qu’en nous découvrant accueillis sans restrictions par Lui, nous pouvons nous accueillir à notre tour dans toutes les dimensions de notre être. Vivre en nous rapprochant progressivement de notre véritable identité. Cheminer vers-nous mêmes.

Solidarité avec l’autre

Dans nos rapports aux autres, la révélation de la solidité de cette relation première et bienfaisante offerte par Christ à tout être humain devient ouverture. Chaque personne rencontrée en chemin est différente par son origine culturelle, son parcours, ses ressources et ses limites individuelles. Mais une évidence se fait peu à peu jour en nous: l’autre est aussi fils ou fille de Dieu et frère ou soeur en humanité. D’aspirations confuses ou d’obligations autoimposées, l’écoute, le partage, l’entraide deviennent les valeurs essentielles auxquelles s’orientent nos relations. A la lumière de cette appartenance originelle commune, le repli sur soi, les jeux de pouvoir ou de séduction, les violences ou l’humiliation apparaissent sous leur vrai jour, comme de pitoyables grimaces destinées à sauver la face quand la peur l’emporte sur la confiance.

Solidarité avec la communauté

Idéalement, l’Eglise devrait donc constituer un espace sécurisé dans lequel rien d’anti-personnel ne peut arriver, même au plus petit d’entre nous. Or, elle ne l’est que bien imparfaitement. Mais si nous restons malgré tout solidaires d’elle au travers de notre paroisse, une nouvelle façon de la voir nous est confiée en héritage. Des espaces s’ouvrent, des possibles se révèlent, des évidences s’imposent. Telle paroissienne, s’avisant qu’un nombre croissant d’enterrements se déroulent dans la plus stricte intimité, fait le rapprochement avec les budgets familiaux de plus en plus serrés et se propose de mettre sur pied un service de collations apprêtées par des bénévoles. Telle famille passe en revue son fonctionnement financier, sépare le nécessaire du superflu et libère de l’argent qui permettra à quelqu’un de terminer une formation personnelle. Telle personne âgée offre son temps pour l’aide aux devoirs des enfants du voisinage. Tel groupe de jeunes s’autofinance pour se rendre dans un pays du Sud, y participer à la construction d’une école ou d’un dispensaire et revenir témoigner de la ferveur contagieuse des chrétiens de là-bas.

Autant de forces vives, puisées au souffle de l’Esprit qu’accueille avec reconnaissance l’institution pour les mettre en relation avec d’autres et les amener à converger. Le Conseil synodal invite chacun et chacune à les cultiver et à les faire fructifier autour de soi, comme autant de bonnes nouvelles.  

Jacqueline Layoyer-Bünzli

   
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