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«Mais parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche.» Ce verset tiré de l’Apocalypse (3, 16) montre bien qu’en matière de foi, la modération n’a pas bonne presse. L’auteur ne s’embarrasse pas de nuances: c’est noir ou blanc, glacé ou bouillant! A une époque où le christianisme naissant devait se distinguer clairement de pratiques païennes, la soif d’absolu ne peut se contenter d’un breuvage tiède. Le croyant doit témoigner, s’affirmer. Sans nuance. Et pourtant. La foi, les convictions personnelles, la vie à laquelle nous appelle l’Evangile, tout cela n’implique pas forcément des positions enthousiastes ou irrationnelles. On peut être croyant en gardant les pieds sur terre, sans glisser dans l’extrémisme. Ou alors seulement dans une extrême modération...
| «La Réforme s’est ouverte avant tout sur une tradition religieuse raisonnable, où le sens des nuances et la modération brillent par leur pertinence. Savoir garder la tête froide, ce n’est pas forcément être tiède» |
Le protestantisme n’a pas toujours été marqué par sa modération. On se souvient des excès parfois violents des réformateurs, une violence tournée d’ailleurs contre les mouvements extrêmes. Mais quel héritage! La Réforme s’est ouverte avant tout sur une tradition religieuse raisonnable, où le sens des nuances et la modération brillent par leur pertinence. Savoir garder la tête froide, ce n’est pas forcément être tiède..
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La modération. On la voit souvent comme un défaut, une pâleur ou, justement, une tiédeur. Et c’est vrai que, parfois, la foi garde un goût fadasse, face aux convertis tout feu tout flamme et autres parvenus de la foi. Une passion adolescente, dévorante, ne peut être érigée en dogme; et bien des amants savent croire en un amour qui s’inscrit dans la durée et la modération. Nous en sommes convaincus: dans un monde ou les extrémismes religieux sont fortement médiatisés, le sens des nuances et du juste milieu doit être courageusement revalorisé.
Oui, la foi irrationnelle des fous de Dieu de tous bords nuit gravement à la santé, et va jusqu’à pourrir la qualité de vie de ceux et celles qui ne croient pas comme eux. Pour nous, protestants, il s’agit de promouvoir le dialogue, dialogue avec la société civile, avec la culture, dialogue avec les autres confessions et religions. Dans ce sens, l’excellent matériel Enbiro (Enseignement Biblique Romand), qui fait tant de bruit chez les extrémistes de la religion comme chez ceux de la laïcité, ce matériel est une promesse, un cadeau fait aux familles pour que la recherche de la vérité ne se fasse pas à partir de peurs ou de préjugés, mais dans le souci de la nuance, de la modération et de la rencontre de l’autre.
En tant que croyants, nous ne pouvons pas laisser la question de Dieu dans les mains des extrémistes, politiques ou religieux. C’est une bombe. Il s’agit de dénoncer clairement toutes les tentatives de récupération de Dieu, la mainmise des enthousiastes sur l’Evangile et la confiscation de la vérité par des élites de «bons croyants». La question de Dieu et son offre de vie libre sont à la disposition de chaque individu. Et là, il s’agit de ne pas tiédir!
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