La Vie Protestante neuchâteloise
n° 163 • avril 2004
Un de ceux que l'on emporterait sur une île déserte…
livres

Dieu, que la littérature sait être belle! Dieu, que ses cadeaux peuvent être des grâces! Voici un grand livre, mieux un monument! Un de ces (rares) romans dont on voit poindre la fin avec déchirement. Qu’on déguste lentement, en savourant chaque syllabe dans l’espoir d’ainsi en prolonger l’écho intérieur. Pour différer autant que possible l’instant où, la dernière page tournée, il va falloir le quitter et assumer un inévitable sentiment de deuil.

Tout y est, tous les ingrédients qui font d’un bouquin une oeuvre d’art parfaitement achevée: 450 pages, et pas un mot de trop, pas la moindre phrase superflue ou bancale! «Tout ce que j’aimais», c’est le titre, cumule toutes les qualités: un style maîtrisé mais coulant, un sens du récit extraordinaire, des personnages d’une profondeur bouleversante. Ajoutez à cela que Siri Hustvedt, l’auteur, s’est remarquablement documentée sur les mystères de l’âme humaine - elle nous gratifie notamment d’un ou deux passages saisissants à propos des délires hystériques -, sur la normalité et ses contraires.

Mise en scène dans un contexte new-yorkais où tous les possibles se croisent, se tolèrent, se défient, l’histoire, avec un souci du détail générant un climat d’une intensité fascinante, l’histoire, pratiquement irrésumable, entraîne le lecteur dans mille méandres imprévisibles, mille fois «la vie - l’amour - la mort», mille carrefours faisant se rencontrer le hasard, la folie, la tendresse, le quotidien, le bonheur, la douleur, la chance, le rêve, pour fonder un destin.

Superbe, grandiose, poignant: «Tout ce que j’aimais» mérite, réclame du superlatif! Un trésor, une oeuvre magistrale! Siri Hustvedt est - mais s’agit-il vraiment d’une surprise? - la seconde épouse du génial Paul Auster. Une union comme inspirée, dictée par le talent, et qui laisse supposer des partages conjugaux vraiment peu communs. Dieu, que la littérature sait être belle, généreuse, forte...

Siri Hustvedt,

Tout ce que j'aimais

Ed. Actes Sud, 2003

Laurent Borel

   
   
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