La Vie Protestante neuchâteloise
n° 163 • avril 2004
L'argent: source de violence ou signe de liberté?
page du CS

Au mois de février, la Journée d’Offrande a été l’occasion pour les protestants de manifester leur soutien à l’engagement et aux activités de leur Eglise. En mars, les paroisses ont tenu leur assemblée de printemps demandant l’adoption de leurs comptes et le Conseil synodal va présenter les siens au Synode de juin.

Le thème de l’argent est plus que jamais d’actualité, comme possibilité offerte de créer des projets porteurs d’amour et de vie, mais hélas aussi comme source de violence. Porteur de mort, il est présent au coeur même de la passion du Christ - Jésus a été vendu pour trente deniers. Les textes du Nouveau Testament démasquent avec beaucoup de finesse les différents aspects de l’argent et proposent des pistes de liberté pour son utilisation.

L’argent-dieu

Dans le Nouveau Testament, quand Jésus parle de l’argent, il le personnifie. Plus encore, il en fait un dieu et il lui donne un nom: Mamon. L’argent n’est donc pas un objet que l’homme demeurerait libre de s’approprier ou non. Il peut à tout moment devenir un dieu auquel on sacrifie sa vie. Quand il parle d’argent, l’Evangile ne nous interpelle pas d’abord sur la manière dont nous utilisons notre argent. Il nous interroge sur ce qui fonde notre existence.

L’argent contre la mort

Mamon désigne ce qui est solide, en qui l’on peut avoir confiance. Mamon s’offre comme garantie de stabilité. Derrière l’attrait de l’argent, c’est la peur de la mort que nous trouvons tapie. La pulsion qui pousse l’homme vers l’argent s’alimente au fond dans l’envie de se prémunir contre les limites qui enserrent l’existence humaine. Devenu réceptacle privilégié de la peur de la mort, l’argent investit une idole consolatrice. L’Evangile démasque dans l’argent une puissance spirituelle, et nous fait ainsi savoir que l’attitude adoptée à son égard décide du sens de notre vie.

L’argent trompeur

L’argent est trompeur parce qu’il circule dans un système économique créateur d’injustices. Mais aussi parce qu’il n’offre pas ce qu’il promet. Il est un dieu aux promesses illusoires, car celles-ci ne transforment pas nos impuissances en pouvoir et nos fragilités en éternité. «Celui qui aime l’argent n’est jamais rassasié.» Ecclésiaste 5.9.

Conséquences pour l’Eglise

Le Nouveau Testament lève la frontière entre l’ordre spirituel et l’ordre matériel. L’utilisation de nos biens n’est plus une question bassement matérielle à laquelle notre foi demeurerait étrangère. La construction du budget de l’EREN comme d’un budget paroissial, parce qu’il signale nos priorités de vie, est une affaire hautement spirituelle. Il ne s’agit pas de se sentir coupable parce qu’on possède de l’argent. Dans la perspective de la liberté évangélique, il s’agit de déployer sa réflexion et son imagination pour que les biens servent à l’enrichissement de beaucoup. L’argent peut être ainsi utilisé comme un signe créateur d’amitié et de vie.

Le Nouveau Testament révèle la trace de quatre manières de gérer l’argent: – le dépouillement radical, certains choisissent la voie de la pauvreté volontaire et de l’ascétisme, au nom de Jésus, comme un don d’eux-mêmes et de leurs biens; – la communauté des biens, qui répartit les biens en fonction des besoins de chacun; – la collecte, à laquelle l’apôtre Paul a consacré une partie de sa vie à la recommander et à en organiser auprès des églises qu’il a fondées, est un acte du culte qui exprime la foi du croyant et illustre la communion entre les chrétiens; – le bénévolat, où l’acte de celui qui, ses besoins matériels étant assurés par ailleurs, peut mettre gratuitement ses compétences au service de l’Eglise. Si ces différentes formes de gestion des biens sont bien sûr présentes dans notre Eglise, il est toutefois utile de continuer à s’interroger sur notre fidélité personnelle et communautaire au message du Christ dans ce domaine. Il est aussi nécessaire d’annoncer un Evangile qui démasque les impostures et ouvre des chemins de liberté.

Isabelle Ott-Bächler

Source: «L’argent dans l’Evangile: une certaine liberté», Daniel Marguerat, édité par le Conseil synodal de l’Eglise Evangélique Réformée du Canton de Vaud, en 1985.

   
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