La Vie Protestante neuchâteloise
n° 163 • avril 2004
Quand le salaire suffit à peine...
à savoir

Beaucoup de personnes salariées, particulière-ment des familles monoparentales et des grandes familles consultent le secteur social-polyvalent du Centre social protestant. Pour la plupart, leur revenu disponible est proche des normes du minimum vital CSIAS.

C’est en me basant sur une étude mandatée par cette même CSIAS que je vais brièvement décrire ici la notion de revenu disponible et son importance comme indicateur des «trappes à pauvreté».

Définir le revenu disponible

On entend par revenu disponible le montant qu’il reste pour vivre après paiement des trois postes suivants: loyer, impôts, caisse maladie et, le cas échéant, les frais de crèche. L’étude a tenu compte des diverses réductions, allocations ou aides qui soulagent les ménages selon leur revenu, leur composition familiale ou leur canton de résidence. Cette recherche a permis de mettre en évidence le fait suivant: A revenu net égal, le revenu disponible des ménages varie considérablement selon le domicile cantonal et les conditions cadres légales en vigueur. Ainsi, la prévention de la pauvreté est atteinte de manière très inégale, tandis que les incitations à augmenter l’activité lucrative du ménage font souvent défaut.

Le paradoxe du travailleur pauvre

Prenons le cas d’un ménage dont le taux d’emploi cumulé des conjoints dépasse 100%, mais dont le revenu disponible avoisine celui d’une personne au bénéfice de l’aide sociale – à savoir: CHF 1’060 pour une personne, CHF 1’660 pour deux et CHF 2’100 pour trois personnes – ces personnes vont-elles se sentir valorisées professionnellement et stimulées à progresser dans leur travail? Assurément non. Elles appartiennent à la catégorie des travailleurs pauvres (workings poors).

Vers une aide sociale mieux coordonnée

De nombreux acteurs sociaux de notre pays comme la CSIAS, la Confédération via diverses commissions parlementaires et les Services cantonaux de l’action sociale sont conscients que les systèmes de sécurité sociale, en amont de l’aide sociale proprement dite, doivent être bien mieux coordonnés pour devenir plus performants. La réforme pointe dans certains cantons, mais en attendant, la survie des ménages de travailleurs pauvres tend à se détériorer. Au CSP, nous rencontrons ces personnes pour analyser globalement leur situation, les aider à tenir leur budget de mois en mois et les encourager à faire tout ce qui est possible pour éviter l’endettement. Si la situation peut évoluer favorablement, elle peut aussi basculer vers le chômage, l’assurance perte de gain, le complément d’aide sociale ou parfois même l’assurance invalidité. Mais heureusement, rien n’est définitif. Par définition tout système est lent à se modifier, surtout en Suisse. Et pourtant, c’est aussi chez nous que la croyance en la réussite par la volonté et le travail est le plus fortement ancrée. Les «travailleurs pauvres », de surcroît s’ils ont plusieurs enfants à charge, ont de quoi s’angoisser. C’est pourquoi j’ai beaucoup d’estime pour eux et suis impatient de voir les revenus disponibles augmenter pour les familles de travailleurs pauvres.

Frédéric Jakob

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