La Vie Protestante neuchâteloise
n° 164 • mai 2004
L’Evangile selon «Saint-Gibson»
cinéma

«La Passion du Christ»n’est qu’un très mauvais film de propagande qui martyrise inutilement le spectateur. La névrose fondamentaliste a encore frappé!

La vision de «La Passion du Christ» flanque le bourdon ou sonne le glas... C’est selon! Consolons-nous de cette désastreuse défaite du mystère de l’intériorité en nous disant que ce spectacle affligeant engendrera peut-être une ou deux considérations salutaires. Alors tentons le coup... Première considération: l’accueil public du film gore de Mel Gibson prouve combien nous sommes mal armés en matière d’éducation aux images, alors que nous nous enfonçons sans espoir de retour dans l’ère du tout-visuel. Si chacun était un peu au fait de la science de la communication audiovisuelle, la réprobation serait bien plus massive... Voué à la réalisation du projet fondamentaliste, qui consiste à refouler par des représentations unanimistes l’insuccès (relatif et somme toute bienvenu) du christianisme dans ses visées hégémoniques, «La Passion du Christ» fait ré-endosser aux Juifs la responsabilité symbolique de cet échec. La première moitié du film est entièrement consacrée à produire des pseudo-preuves à charge. Pour s’attirer nos faveurs, Gibson n’hésite pas à user des moyens les plus sordides.

Prenons la scène de flagellation... Traitée en une ligne dans l’évangile de Jean, cette scène dure ici plus d’un quart d’heure. Cette durée, doublée d’une violence et d’un sadisme insoutenables, joue un rôle très vicieux dans le dispositif narratif: donner un tour quasi obsessionnel à la volonté soi-disant inébranlable des Juifs de faire condamner à mort un Jésus pourtant déjà très mal en point.

«La ficelle est certes très grosse, mais peu d’entre nous s’en sont offusqués»

La ficelle est certes très grosse, mais peu d’entre nous s’en sont offusqués (peut-être devrions-nous tous réviser des classiques de la manipulation comme «Le Juif Suss» ou «Les Bérets verts»).

Deuxième considération: toujours rendre à César ce qui appartient à César et feindre donc un instant que le sieur Gibson est un véritable auteur (au sens cinéphilique du terme). Révélé dès 1979 par son interprétation de «Mad Max», Gibson acteur a toujours été très porté sur la violence extrême, les personnages messianiques, tout en ne faisant jamais mystère de son homophobie galopante et de son inclination pour le fondamentalisme le plus sot. Passé réalisateur en 1993 avec «L’homme sans visage» (où il joue le rôle d’un vieil ermite défiguré), il se prête déjà à un martyre très sanguinolent dans «Braveheart» (1996). Dans «La Passion du Christ», il franchit un pallier supplémentaire dans le traitement de sa névrose... Eh oui, ce n’était que ça! Fermez le ban et n’en parlons plus.  

Vincent Adatte

   
   
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