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L’être humain est né jardinier. Au premier rayon de soleil, l’appel de la terre retentit comme un réflexe. Il faut sortir, quitte à se crotter les bottes. Les plus aguerris auront lancé des semis dès le début de l’année, les plus insouciants se contentent de suivre le rythme de la nature. Quel plaisir de tailler et gratter! Quel bonheur d’arroser, de laisser pousser pour finalement couper en bouquet ou récolter en cageot! Chaque jardinier arrange et soigne son lopin à sa façon. Il le bichonne selon ses envies, selon ses moyens. Un vrai travail de créateur.
Le mot est lancé. Car le jardin, c’est la première occupation de Dieu. Dès le commencement, toute son oeuvre tourne autour de ce projet: planter un jardin. Et le créateur voudra transmettre cette passion à sa créature, quand la Genèse raconte que Dieu établit l’homme dans le jardin d’Eden «pour le cultiver et le garder». Le jardin, c’est la mission primordiale de l’être humain, sa tâche originelle.
La passion du jardin a quelque chose à voir avec le rôle essentiel de l’humanité. Tous les mordus de jardinage vous le diront… et aussi certains philosophes des plus rationalistes. Réflexions et débats sont certes exaltants, «mais il faut cultiver notre jardin», conclut sagement le Candide de Voltaire. Le philosophe de Ferney confirme son idée dans une lettre: «J’ai beaucoup lu, je n’ai trouvé qu’incertitude, mensonge, fanatisme. Je suis à peu près aussi savant sur ce qui regarde notre être que je l’étais en nourrice. J’aime mieux planter, semer, bâtir, et surtout être libre.»
A l’heure des kamikazes fanatisés de religion, quand des guerres injustes sont fomentées par de vieilles démocraties soucieuses d’étendre leur pouvoir et leurs conceptions, l’observation de Voltaire reste d’une brûlante actualité.
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Si seulement le monde était géré comme le sont nos jardins. Si seulement l’être humain retrouvait le goût des règles élémentaires du jardinage, la modestie et la simplicité de cette tâche originelle, la seule pour laquelle il est vraiment fait.
La recette combine équilibre et bon sens. Un peu d’anarchie dans la cohabitation des végétaux, pas trop d’autoritarisme dans la répression des mauvaises herbes, juste ce qu’il faut de discipline pour que s’installe une tolérante harmonie. Au jardin, la nature se développe, mais sous un contrôle maîtrisé et bienveillant. La diversité des plants et des espèces garantit la beauté et l’utilité: des fleurs pour la couleur, quelques légumes pour la santé. Un arbre pour l’ombre et pour les fruits: le spiritueux est à ce prix. Attention aux gazons trop sages: bariolés de primevères au printemps, ils doivent garder leurs coins de mousse toute l’année. La pâquerette et plusieurs pissenlits récalcitrants y restent bienvenus. Et si on doit couper, déraciner ou même brûler, au jardin il faut doser ses interventions, car la terre ne supporte pas les traitements expéditifs. Au fond, c’est simple.
| «Quand tout devient trop compliqué, quand le monde se globalise, quand les défis sont manifestement disproportionnés, oui, il vaut mieux se contenter de cultiver son jardin» |
Je suis pour une spiritualité du jardin, un sens politique inspiré du jardin, une gestion économique calquée sur le jardin. Parce que les responsabilités y sont gérables. Parce que c’est une tâche à notre mesure. Quand tout devient trop compliqué, quand le monde se globalise, quand les défis sont manifestement disproportionnés, oui, il vaut mieux se contenter de cultiver son jardin, sans lorgner sur celui de son voisin. Et avoir la modestie d’en rester là. N’est-ce pas Messieurs les puissants?
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