|
On dit, non sans une pointe dépréciative, on dit la littérature suisse souvent intimiste, voire nombriliste. Possible! N’empêche que l’intériorité peut inspirer des oeuvres fortes, des oeuvres qui ont de la matière, du «coffre». Le présent roman, signé de la Genevoise Claude-Inga Barbey, en apporte la preuve. Claude-Inga Barbey, c’est d’abord pour le grand public romand, une voix entendue sur La Première, puis une comédienne, pilier notamment de spectacles à succès à l’enseigne de «Bergamote». Claude-Inga Barbey, c’est aussi une plume, qui nous a gratifiés voici quatre ans d’une belle série de chroniques douces-amères puisées, pour la plupart, dans un quotidien ordinaire et publiées sous le titre: «Petite dépression centrée sur le jardin». Une plume qui confirme aujourd’hui un indéniable talent avec «Le Palais de sucre» - plus «salé» que doucereux soit dit en passant.
La femme Claude-Inga Barbey - aime-t-elle ce prénom? -, enfin, c’est un premier abord un peu entre ironie et dérision, un personnage qui se veut insaisissable, et qui laisse croire à de la superficialité. En fait, ses fréquentes pirouettes verbales, son rire (jaune?) omniprésent cachent certainement une profonde vulnérabilité.
|
 |
A la lecture de ce Palais de sucre, on comprend mieux ce besoin de se protéger. Même si tous les événements relatés n’y sont pas rigoureusement autobiographiques - on n’écrit toutefois rien par hasard -, on devine que notre auteur a eu mal, dégueulassement, scandaleusement mal, qu’elle n’a pas reçu les fondements identitaires qu’elle aurait été en droit d’attendre, de réclamer - le lecteur en découvrira par lui-même le détail. En résulte un trou, un trou existentiel, un trou qui saigne, au «propre» comme au figuré, un trou qui interroge, qui accable à risquer de faire chavirer la raison. Un trou qui apparente la vie à une suite de... trous d’air. C’est la visite de ce poids gangreneux qui nourrit le livre. Une visite sans concession, une visite «à vif» conduite par une écriture instinctive, presque automatique par moments. Une visite qui met surtout - c’est un des grands intérêts de l’ouvrage - en lumière les mécanismes de défense - en particulier la fuite par l’imagination, le rêve - que l’enfance active pour endurer l’insupportable.
Claude-Inga Barbey
Le Palais de sucre
Ed. d'autre part, 2003 |
|
|
|