La Vie Protestante neuchâteloise
n° 164 • mai 2004
Du succès de l'Eglise...
page du CS

«Ça marche votre paroisse?» «Ça a réussi, EREN 2003?» Mais qu’est-ce qu’une paroisse qui marche? Qu’est-ce qu’une Eglise qui réussit?

Une Eglise qui marche est-elle une Eglise qui rassemble et resserre les liens à l’intérieur de la communauté ou une Eglise qui sort de ses murs et occupe une place publique pertinente? Faut-il mesurer la dimension communautaire de l’Eglise ou ses relations avec la société civile? Cette alternative par trop simpliste n’est pas satisfaisante. Mais la réponse qui consisterait à dire que l’Eglise est un peu les deux, à la fois soucieuse de sa vie communautaire et à la fois porteuse d’une mission auprès des distancés, ne l’est pas plus.

Quelques pistes
La communauté est certainement au cœur de l’Eglise. La communauté qui porte une Parole héritée. Or cette Parole, justement, donne quelques pistes de ce qu’est une communauté «qui marche». Elle témoigne en effet de l’histoire d’un peuple à la recherche d’une identité communautaire. La quête passe par le rappel de ses origines précaires: «Mon père était un Araméen errant. Il est descendu en Egypte, où il a vécu en émigré avec le petit nombre de gens qui l'accompagnaient» (Dt 26, 5). C’est cette fragilité, répétée sous toutes sortes de formes, qui forgera le sens communautaire du peuple. Les Israélites vont convenir d’un principe qui déterminera leur qualité de vie communautaire: ils prélèveront les prémices de leurs gains et donneront la dîme des récoltes aux membres les plus fragiles (toujours Dt 26). Le soin est donc apporté non pas d’abord aux grands, aux chefs de la communauté, mais aux plus fragiles.

La vraie mesure du succès
S’il y a une mesure du succès à trouver dans l’histoire d’une communauté – et donc d’une Eglise - elle est à chercher dans la qualité de vie des plus faibles, et non pas dans l’activité des plus forts.

«S'il y a une mesure du succès à trouver dans l'histoire d'une communauté - et donc d'une Eglise - elle est à chercher dans la qualité de vie des plus faibles, et non pas dans l'activité des plus forts»

Il est possible alors que la distinction lapidaire entre une «Eglise qui rassemble» et une «Eglise ouverte» n’ait plus lieu d’être: une Eglise «forte», c’est-à-dire capable d’intégrer les plus fragiles dans ses projets, serait immanquablement une Eglise «ouverte». Cette définition de la communauté se répercute dans le travail des acteurs de l’Eglise.

Du modèle à EREN 2003...
EREN 2003 induit une façon de travailler «en équipe», c’est-à-dire dans une activité qui engage des personnes de formations et d’expériences différentes. Le sens de la communauté sera vérifié quand chaque acteur, quels que soient sa fonction et son statut, se sentira dépendant de chacun des autres. La notion moderne de «travail en réseau» va dans ce sens. Mais bien avant elle, l’apôtre le disait dans une formidable image: «L'œil ne peut pas dire à la main: «Je n'ai pas besoin de toi», ni la tête dire aux pieds: "Je n'ai pas besoin de vous»» (1 Cor. 12, 21).

Le travail en équipe appelle donc des réflexes nouveaux. Des réflexes communautaires qu’il nous faut (ré)apprivoiser et apprendre.

Gabriel Bader

   
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