La Vie Protestante neuchâteloise
n° 165 • juin 2004
Eloge de la bêtise crasse
cinéma

Remake d’un fleuron du cinéma d’humour british, «Ladykillers»raille par la bande la gabegie de Bush Junior. Auteurs magistraux de ce complot, Joel et Ethan Coen s’en donnent à coeur joie.

Joel et Ethan Coen travaillent en symbiose, à tel point qu’une légende tenace les prétend jumeaux. Inséparables, ils procèdent en général à une stricte division du travail. Ethan et Joel signent les scénarios, Joel met en scène, Ethan produit. Pour la première fois de leur carrière, ils ont dérogé à ce principe en coréalisant «Ladykillers» («Tueurs de dames»).

«Tout rapport avec Bush et l’équipe d’excités qui le conseille dans sa croisade décervelée n’est absolument pas fortuit»

Par la même occasion, les deux Coen ont donné un autre coup de canif à leur règlement interne en se livrant à la pratique, inédite à ce jour pour eux, du remake. Mais qu’est-ce qu’un remake? De fait, ce terme désigne une activité très prisée à Hollywood, qui consiste à faire une nouvelle version d’un film à succès, dans l’espoir de toucher derechef le jackpot! Bien évidemment, les Coen n’ont pas eu ce souci… Leur démarche est plutôt guidée par des motifs d’ordre politique (les concernant, c’est aussi une première). Présenté en compétition à Cannes, leur onzième long-métrage revisite un chef-d’oeuvre de cet humour noir dont le cinéma britannique des années cinquante s’était fait une spécialité.

Dans les grandes lignes, nos deux cinéastes ont repris l’argument du film réalisé en 1955 par Alexander Mackendrick, mais l’ont transposé à La Nouvelle-Orléans, dans le Sud profond des Etats- Unis, substituant à l’exquise «old lady» d’origine, une vieille femme de couleur très pieuse qui cotise sans arrière-pensée à l’Université Bob Jones, une pseudo-institution religieuse pourtant connue pour son racisme et donc chérie par les Républicains…  Le quotidien de cette brave dame est bouleversé par l’apparition obséquieuse du Professeur G.H. Door III (Tom Hanks). Ce dernier veut lui louer une chambre et disposer de sa cave comme local de répétition pour son orchestre passé maître dans l’exécution de la musique d’église (gospels et cie). On l’aura deviné, G.H. Door III n’est qu’une fripouille hypocrite qui prépare avec son quintette de malfrats le casse du casino voisin. Las, le cerveau de la bande se montre d’une telle bêtise que l’entreprise est nécessairement vouée à l’échec. Tout rapport avec Bush et l’équipe d’excités qui le conseille dans sa croisade décervelée n’est absolument pas fortuit! Les cinéastes américains commencent enfin à se mobiliser… Réjouissant!

Vincent Adatte

   
   
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