|
Le travail, vénérable travail! Un des sujets de conversation et de référence les plus prisés aujourd’hui, LA valeur-étalon - en avoir ou pas... - qui détermine si un individu est membre à part entière de notre système. Critère de mesure facile à vérifier: intéressez-vous à quelqu’un que vous ne connaissez pas, ou à peine. Très souvent, pour vous renseigner et se définir brièvement, cette personne fera alors allusion en priorité à son activité professionnelle. En d’autres termes, pour vous dire qui elle EST, elle évoquera ce qu’elle FAIT «dans la vie» - «Je SUIS juriste, chimiste, pharmacien...».
| «Le travail est un facteur identitaire indéniable, et comme à propos de l’argent, il est très aisé d’affirmer qu’il ne fait pas le bonheur... quand on en a en suffisance!» |
Certes, le travail est un facteur identitaire indéniable, et comme à propos de l’argent, il est très aisé d’affirmer qu’il ne fait pas le bonheur... quand on en a en suffisance et qu’il est, de plus, intéressant à tous points de vue! Certes encore, à l’heure où, selon l’irréfutable BIT (Bureau international du travail), quelque 250 millions d’enfants, âgés de 5 à 17 ans, sont, de par le monde, astreints au travail, dont une moitié dans des conditions qualifiées de surcroît de dangereuses, à l’heure où, parallèlement, près de trois fois autant d’adultes, toujours aux quatre coins de la planète, souffrent de désoeuvrement - avec le cortège de graves conséquences que cela suppose: pauvreté, malnutrition, non-accès aux soins, etc. -, rien que pour ces deux raisons, il serait un peu «épais», voire indécent, d’assimiler le travail à un sujet «bateau», parce que trop général, trop commun.
|
 |
Pas question donc de snober le travail, ce bien qui nous permet, outre parfois une réalisation d’une fraction de nous-même, de manger, qui nous assure un toit, une santé, et nous donne accès à une consommation somme toute assez confortable. Mais pas question non plus, à l’opposé, de nous adonner sans autre au véritable culte dont ce même travail est l’objet, en Suisse peutêtre encore plus, et depuis plus longtemps, qu’ailleurs. Un culte devenu obsessionnel du fait des effets conjugués de rationalisations et licenciements fréquents, de pressions sur les salaires et de climats régnant dans les entreprises qui se sont souvent durcis voire ouvertement dégradés - merci les actionnaires et consommateurs que nous sommes tous un peu! Résultat: entre les gens qui, tenus de sacrifier une part susbtantielle et de leur équilibre et de leur vie privée, s’accrochent jusqu’au reniement d’eux-mêmes à leur emploi, et ceux, innombrables, qui usent de l’énergie du désespoir pour reprendre le train en marche et échapper à l’exclusion sociale, le XXIe siècle, que l’on nous prédisait si spirituel, est en passe de virer laborieux! Cette course effrénée au boulot à tout prix, la recherche obligée et permanente de nouvelles performances, encouragées par la seule perspective d’une opulente retraite, ont-elles vraiment un sens? Un sens profond, qui nous fera dire, une fois notre dernière heure arrivée, que notre temps terrestre était riche et plein, qu’il a rimé à quelque chose, et qu’il valait la peine d’être réellement vécu? Ou bien l’essentiel est-il ailleurs? A chacun(e) de répondre pour soi. Entrer dans cette réflexion de fond, la mener en vérité, avec le courage que cela exige, c’est, selon la formule, «tout un travail»!
|