La Vie Protestante neuchâteloise
n° 165 • juin 2004
Jusqu'à ce que la mort les sépare
livres

Ah, Bobin! Une plume d’ange! Gracile, exquis, subtil, incomparable Bobin! Velouté Bobin, caressant Bobin, qui enchante, enivre de ses mots éthérés, de ses phrases qui ravissent. Ce Bobin, qui occupe une place unique dans la littérature française contemporaine, à mi-chemin entre le romancier et le poète d’antan, ce Bobin est en quelque sorte hors du temps, ou à tout le moins en marge de notre présent si concret, si pragmatique. Bobin vit d’une fluidité intérieure, d’un souffle qui lui vaut, ça et là, parmi une certaine critique, une réputation de doucereux excessif, d’irréaliste. Peut-être pas tout faux, juste méchant! Bobin est un rêveur - et qu’on le laisse rêver! -, un sentimental, un inquiet aussi, qui trouve refuge dans une solitude cultivée. Un introverti, vulnérable, presque féminin, au sens noble du terme. Bobin, c’est tout cela, toute cette délicatesse, cette fragilité qui s’expriment en circonvolutions intimistes. Circonvolutions - pardon de la barbarie du terme! -, circonvolutions car notre auteur n’a pas une écriture coulante. En fait, si: elle coule, mais pas en ligne droite. Elle préfère sinuer, lanterner, explorer, s’enrichir au puits de la métaphore afin de traduire le plus scrupuleusement possible les détails de l’âme mise à nu.

Loin de l’agitation du monde, dans le silence ponctué d’anxiétés qui caractérise l’introspection, Bobin étanche sa soif de spiritualité. Il cherche, sonde jusqu’aux plus infimes signes qui trahiraient la présence de Dieu. Cette quête l’animait déjà en 1995 dans «Le Très-Bas», le roman, inspiré de sa fascination pour François d’Assise, qui l’a révélé au grand public; elle se confirme aujourd’hui, mais désormais à la première personne du singulier, dans «Louise Amour», dernière parution en date de l’écrivain. «Louise Amour», 140 pages d’une écriture-dentelle, nourries au sein du vécu, au gré desquelles Bobin, soucieux d’un soin de peintre pointilliste, dévoile patiemment, avec une infinie pudeur, LA passion incarnée de sa vie: «Son doux, son tendre, son merveilleux amour», aurait dit Brel. Un amour majuscule, absolu, qui n’autorise ni répit ni partage; si parfait, si comble qu’il conduit à la transcendance. Un amour au goût d’éternité, si «possédant» que, par essence, il ne peut ignorer le tragique: le bonheur, à son paroxysme, recèle un germe de drame. Cela s’avère en l’occurence: le destin va briser la fusion, et Bobin ne trouvera consolation que dans la grâce divine.

Christian Bobin

Louise Amour

Ed. Gallimard, 2003


Laurent Borel

   
   
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