La Vie Protestante neuchâteloise
n° 165 • juin 2004
Tous en campagne!
page du CS

Il est le nouveau «grand argentier» de l’Eglise. Depuis l’année passée, Georg Schubert est à la tête du département «Finances et Administration» de l’EREN. C’est dire s’il est concerné au premier chef par les résultats de la campagne de sensibilisation à la contribution ecclésiastique que les Eglises officielles ont récemment lancée. Interview.

Chacun le sait, en terre neuchâtelois, la contribution ecclésiastique est volontaire et non obligatoire, ce qui signifie que les trois Eglises officielles du canton dépendent, pour leur fonctionnement, de la générosité et de la motivation du public. Afin de rendre ce dernier attentif aux enjeux qu’induit ce soutien, ces mêmes Eglises redoublent chaque année d’imagination pour «varier les plaisirs» et ainsi éviter routine et monotonie au moment de rappeler aux fidèles qu’elles comptent sur eux.

La VP: Comment se portent les finances de l’Eglise?

Georg Schubert: Cette question me met dans une situation difficile! Si je réponds que les finances se portent bien, tout le monde se dira:«Pourquoi donc payer la contribution ecclésiastique?». Et si je dis que les finances de l’Eglise sont catastrophiques, chacun se demandera s’il vaut encore la peine d’investir son argent dans une entreprise moribonde!

Les finances de l’EREN ne vont pas mal. Ce, malgré l’incertitude qu’engendre notre système de contribution, à savoir qu’on ne sait jamais qui paiera sa contribution. Nous sommes donc totalement dépendants de la bonne volonté des protestants du canton.

La VP: Enviez-vous les cantons où l’impôt ecclésiastique est obligatoire?

G.S.: Non! Car, avec le système actuel, l’EREN doit constamment veiller à rendre la population sensible à sa mission qui, conformément à la Bonne Nouvelle, affirme que la mort n’a pas le dernier mot, que l’amour manifesté par Dieu en Jésus-Christ ne fait pas de distinction de races et de conditions et qu’il s’adresse à tous les hommes. Et que le succès, qui peut consister à atteindre un budget, n’est pas une notion évangélique.

La VP: De quel montant l’EREN a-t-elle besoin pour «tourner» annuellement?

G.S.: Son budget s’élève à peu près à 11,2 mios de francs, dont 8,5 devraient provenir de la contribution ecclésiastique. 1,5 mios proviennent de la subvention de l’Etat aux Eglises reconnues (catholiques romaine et chrétienne, et EREN) et du subventionnement de quelques services, comme par exemple les services en hôpitaux. Le million restant émane du revenu des immeubles. De ce budget, 80% servent à payer les salaires des permanents, laïcs et ministres, le reste est alloué à l’entretien des bâtiments, au fonctionnement de l’administration et à certains projets qui dépendent de la caisse centrale. Il n’est question ici que du budget de l’Eglise cantonale; chaque paroisse dispose en outre d’un budget propre pour ses manifestations et sa contribution à La VP, notamment. Rappelons juste que tous les salaires – y compris ceux des pasteurs référents des lieux de vie – incombent à la «caisse centrale» et dépendent donc de la contribution ecclésiastique.

La VP: Quelle a été l’influence d’EREN 2003 sur les finances?

G. S.: Si faire des pronostics sur les finances de l’EREN reste difficile, évaluer la contribution ecclésiastique l’est encore plus: EREN 2003 n’est pas la seule évolution intervenue ces dernières années. En 2001 a eu lieu le changement du système de la taxation dont on ignorait l’influence sur les rentrées. Résultat: cette année-là, l’EREN a reçu plus d’argent que prévu(2,2 mios)! Par contre, en 2003, les rentrées de la contribution ont baissé de presque un million par rapport au budget.

Peut-on attribuer cette perte à EREN 2003, ou est-ce un effet décalé du nouveau système fiscal? Chacun peut y aller de son interprétation. Il est probable que cette diminution provient des effets cumulés de ces deux événements. «Wait and see», comme disent les Anglais. Il est en tout cas trop tôt pour le dire.

La VP: Parlez-nous de la stratégie de la nouvelle campagne…

G. S.: En 2002 et 2003, elle s’était focalisée sur les actes ecclésiastiques. En 2004, elle revient à quelque chose de plus «traditionnel» en posant la question: «Pourquoi donc transmettre les valeurs de vie?». Elle met en scène une grand-maman qui raconte une histoire à sa petite fille. Cette image illustre le fait que les grands-parents sont souvent plus actifs dans l’Eglise que leurs enfants et qu’ils sont dès lors des ambassadeurs de premier rang dans la transmission de ses valeurs.

La VP: Ne craignez-vous pas d’être perçus prioritairement comme des «quémandeurs»?

G. S.: Si je lis bien les évangiles, Jésus n'a pas de difficultés avec les pauvres et les mendiants. Le fait que nous devons demander leur soutien auux protestants du canton et rappeler nos besoins pour pouvoir poursuivre notre mission, et payer les salaires des employés, n'est-ce pas une chance? La chance d'être dépendants non pas de nos capacités de gestion, mais de la providence divine et la générosité des hommes?

La VP: Mais quel rôle l’Eglise joue-t-elle à vos yeux dans la société?

G. S.: L'Eglise est une «maison qui gère les rêves» affirmait joliment le théologien allemand Fulbert Steffensky. Je suis persuadé que la foi et l’espérance ne peuvent êtres cultivés par l’individu seul. Elles requièrent la force de la communauté des croyants. Une société sans Eglise m’apparaîtrait terriblement pauvre, elle s’apparenterait à un immense marché ou à un simple fournisseur de matières premières… En disant cela, je ne fais pas allusion aux Eglises institutionnelles, qui pourraient disparaître, mais devraient être remplacées par quelque chose qui reprendrait les mêmes tâches. L’Eglise à laquelle je fais référence n’est donc pas justifiée seulement par les œuvres de diaconie, mais parce qu’on y fête la présence de Dieu, parce qu’on y croit en d’autres valeurs que celles purement «premier degré» et qu’on y espère que notre terre n’est pas à la seule merci des hommes. Financer cette Eglise, ce n’est donc pas seulement soutenir l’EREN, mais aussi une manifestation du royaume de Dieu. Une manifestation, certes incomplète, mais c’est celle qui nous est donnée de vivre aujourd’hui!

Propos recueillis par Pierre-Alain Heubi

   
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