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Deux collaboratrices du CSP aborde ici la question de la souffrance au travail, cette valeur chère aux Helvètes que nous sommes. Chronique d’une certaine évolution.
Le travail est une valeur clé de notre société occidentale, d’une part comme principal moyen d’acquisition de revenus; d’autre part comme lieu où l’on apprend à vivre en société. L’origine de cette valeur nous vient du taylorisme une méthode qui consiste à diviser rationnellement le travail dans le but de produire toujours plus, dans un temps donné , apparu en Europe après la Deuxième Guerre mondiale, qui reposait sur le constat suivant: En s’occupant du bien-être de l’employé(e) (confort du bureau, éclairage, pauses), la productivité augmente. Les employeurs se sont donc intéressés au facteur humain. L’ensemble des droits et des revenus donnant accès à la consommation se sont alors fixés par rapport au salaire, comme le droit aux vacances ou le droit à une rente vieillesse.
Nouvelle donne
Avec l’arrivée des nouvelles technologies informatisation, Internet dans les années 90, on assiste à un changement de la politique de l’emploi: L’entreprise est confrontée à une concurrence mondiale et commence à exporter du travail dans des lieux où la main d’œuvre est meilleur marché. Conséquences: Fusions d’entreprises, suppression du personnel, obligation de l’employé d’accepter de nouvelles charges de travail avec des responsabilités pouvant engendrer une situation de stress. De nouveaux types de contrats de travail apparaissent (contrat à durée déterminée, sur appel, notamment) ne faisant que renforcer l’insécurité. Les restructurations, avec suppression de personnel, ont lieu même lorsque les entreprises réalisent des bénéfices exceptionnels. On assiste également à des diminutions de salaires ainsi qu’à l'amplification du phénomène des «working poor», c'est-à-dire des personnes qui doivent recourir à l’aide sociale pour un complément de revenu, leur salaire ne couvrant pas le minimum vital.
Effets pervers
Ce sentiment d’insécurité fragilise les individus. Le travail, reconnu comme seul moyen d’acquisition du revenu, engendre un certain nombre d’effets pervers. Il n’est plus concevable de se plaindre de son travail ou des pressions qu’on y subit puisque, contrairement à d’autres, «on a la chance» d’avoir un emploi. On peut alors parler d’une «souffrance au travail» qui est en tous points différente de la souffrance liée à l’absence d’emploi. Bien souvent, l’on constate que le corps réagit à cette souffrance par la dépression, le burn out, le suicide ou encore les dépendances (alcool, médicaments, drogues, notamment). Le problème réside essentiellement dans le fait que, d’une manière générale, les souffrances au travail sont tolérées par la collectivité. Et comment faire évoluer les conditions de travail, si celles-ci ne sont pas contestées?
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En conclusion
À l’heure où l’on se plaint du manque de postes de travail, il serait peut-être temps de revoir les conditions dans lesquelles s’exercent certains emplois. Revaloriser les postes permettrait d’attirer, dans certains métiers, des travailleurs restés jusqu’ici sur le carreau par manque de compétence professionnelle et/ ou par manque d’adéquation aux exigences parfois trop élevées du marché de l’emploi.
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Marie-Noëlle Cattin et Cristina Arcieri-Torchia
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Sources
Dominique Meda, Le Travail, une valeur en voie de disparition, éd. Alto Aubier, Paris, 1995; Christophe Dejours, Souffrance en France, la banalisation de l’injustice sociale, éd. Seuil, 1998; Repère Social No 44, dossier «Troubles psychiques et société», février 2003.
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