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Christian Müller a longtemps ans dirigé l’Hôpital psychiatrique de Cery, à Lausanne. C’est dire s’il est dès lors un observateur privilégié de la «marge», des êtres qui, à des degrés divers et pour des durées variables, échappent à la «normalité», cette étiquette, cette catégorisation sociale à laquelle, pour des besoins de sécurité intérieure, nous nous efforçons d’appartenir.
Des fous, des aliénés, comme on les désignait communément, et brutalement, dans un passé encore assez récent. Des schizophrènes, des paranoïaques, ainsi qu’on les appelle aujourd’hui avec davantage de pudeur. Mais qu’importe ou non le recours aux termes médicaux - souvent bien arrangeants -: ces gens, malades, hantés par des maux que nous ne comprenons, et à plus forte raison (!) ne maîtrisons pas, ces gens nous interpellent, en référence à notre propre condition ou identité - les frontières peuvent être parfois si ténues... Ils nous apostrophent en suscitant dans nos esprits un mélange de peur, de fascination, de perplexité: ah, l’inconnu! Ah, cet autre, prétendument si étrange, si différent, si éloigné, et qui pourtant nous ressemble tant...
Cet autre, ce frère humain sur sa planète qui lui est en grande partie propre, Christian Müller l’a côtoyé, accompagné au jour le jour; il a, pour et avec lui, tenté d’éclairer ses chemins de traverse, a écouté sa souffrance, son désarroi, ses délires, a accueilli ses fantômes, pansé ses plaies, imaginé le cadre d’une existence possible.
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A son contact, il a appris: l’imprévisible, l’humilité, la compassion, l’indicible. Il s’est interrogé sur les mystères parfois insondables de l’âme. Les questions, souvent demeurées ouvertes, qu’il a accumulées pendant les décennies où il a exercé, ces questions, mais aussi leurs résonnances, les troubles qu’elles n’ont pas manqué de faire naître, tout cela, Christian Müller vient de le consigner dans un recueil de souvenirs intitulé «Nouvelles de ce monde-là». Cet ouvrage, plus témoignage qu’œuvre littéraire à proprement parler, se compose de brefs textes, chacun reflet d’une facette de ce que l’on nomme «la folie». L’auteur y évoque avec bienveillance des ambiances, des personnages, des situations sociales qui nourrissent sa réflexion sur le rôle et la valeur de la psychiatrie. Un livre surtout intéressant par les incertitudes, les «non-réponses toutes faites», les indispensables nuances qu’il met en lumière sans chercher à «glorifier» une science qui «saurait tout».
Christian Müller
Nouvelle de ce monde-là
Ed. Labor et Fides, 2004 |
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