La Vie Protestante neuchâteloise
n° 167 • septembre 2004
Assistance à personnes en danger
cinéma

Dans «10e chambre, instants d’audience», le cinéaste français Raymond Depardon filme le travail de la justice au quotidien. Un documentaire impressionnant qui interpelle.  

Dévoyé par le petit écran, le réel est désormais à sauvegarder. Las, seuls quelques rares cinéastes s’essaient à cette bien rude tâche, en regard de l’étendue des dégâts déjà commis et peut-être irréparables. Ils ont pour noms Nicolas Philibert, Frederick Wiseman, Harun Farocki, Marcel Ophuls, etc. Depuis belle lurette, Raymond Depardon appartient à ce réseau de résistants de l’image (voir notre encadré). Son dernier film en date, «10e chambre, instants d’audience», est à découvrir prochainement... Un conseil, précipitez-vous! Bénéficiant d’une autorisation exceptionnelle - qui normalement n’est accordée que pour des procès à caractère historique comme ceux de Barbie ou de Touvier -, Depardon a pu filmer de mai à juillet 2003 le déroulement des audiences de la 10e chambre correctionnelle de Paris.

«Nous laissons échapper des rires crispés qui trahissent de notre part un trouble salvateur, né du constat que la vie (et non pas la justice) est profondément injuste»

A la tête d’une équipe réduite, le réalisateur a suivi douze affaires, avec l’accord des prévenu(e)s, bien sûr. Il s’agit d’affaires de droit pénal général, rien d’extraordinaire donc: vols simples et aggravés, harcèlement, violences conjugales, séjours irréguliers, conduites en état d’ivresse, port d’armes prohibé et autres «menues» incartades.

Avec le respect qui le caractérise, Depardon a instauré un dispositif de mise en scène qui place le spectateur à la hauteur de ces femmes et hommes qui ont eu le courage (ou l’inconscience) de se montrer tels qu’ils sont: pathétiques, authentiques, déboussolés, honteux, aphasiques, pitoyables, accablés, etc.. Contraint de les regarder et de les écouter, le spectateur, pour peu qu’il accepte de prendre le temps, fait alors l’expérience bouleversante du partage d’une intimité souvent douloureuse qui finit par le renvoyer à lui-même. La salle d’audience devient alors un véritable théâtre où les prévenu(e)s jouent plus ou moins bien le rôle qu’ils estiment être le leur (clamer son innocence, faire repentance, nier, reconnaître). Confrontés cette comédie (tellement) humaine, nous laissons échapper des rires crispés qui trahissent de notre part un trouble salvateur, né du constat que la vie (et non pas la justice) est profondément injuste. Dans le même temps, Depardon témoigne de façon extraordinaire du fonctionnement de la machine judiciaire au quotidien où Madame la Juge cherche parfois désespérément le dialogue, l’ouverture...  

Vincent Adatte

   
   
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