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Un raté, le personnage central de ce roman? Le terme est peut-être un peu fort: s’il n’a, c’est certain, pas l’étoffe d’un héros, Sébastien Ponchelet - c’est son nom - est quelqu’un à qui la vie n’a pas fourni les armes pour découvrir qui il est et s’affirmer. Introverti, influençable, d’une culture fort modeste, dépourvu de véritables désirs ou projets, il subit le cours de sa fade existence à la manière d’un bouchon flottant sur l’eau. Sans bonheur, mais sans douleur non plus: avec juste l’impression de «passer à côté».
Jusqu’au jour où, manutentionnaire dans une maison d’édition, il entre malgré lui en possession d’un manuscrit non publié. La première phrase dudit document, la seule qu’il ose lire, va, sans qu’il sache trop comment ni pourquoi, ouvrir en lui une porte auparavant verrouillée et conférer à sa vie intérieure un relief, un goût nouveaux. «Longtemps, je me suis couché de bonne heure»: ces quelques mots, qui servent également de titre au livre, ces mots ne se contentent pas de résonner dans sa tête, ils y brisent une chaîne - celle de la résignation, de l’exclusion, de l’absence de soi en soi -, et (r)éveillent, désinhibent, réconcilient une enfance anesthésiante, lourdement enfouie et un avenir entrevu comme enfin possible. Le sentiment amoureux et l’art font alors irruption chez Ponchelet et colorient peu à peu, non sans générer au passage des peurs, des trous d’air, la grisaille de son quotidien.
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S’appuyant sur une trame romanesque passionnante, «Longtemps, je me suis couché de bonne heure» est en fait l’histoire d’une seconde naissance. L’auteur, Jean-Pierre Gattégno, professeur de lettres, cumule, notamment, deux qualités essentielles qui font de lui un excellent écrivain: une solidité de style sans faille et un sens aiguisé du récit. Ce double talent, initialement mis au service du genre «polar», lui a valu, soulignons-le, d’être porté à l’écran par Jean-Jacques Beineix, Francis Girod et Raoul Ruiz - excusez du peu! Ainsi que le soulignent fort à propos ses éditeurs, avec ce nouveau roman, qui fait suite notamment à Mortel transfert et Le Grand Faiseur, Jean-Pierre Gattégno «rend à la littérature et à ses lecteurs le plus jubilatoire des hommages». A dévorer sans tarder!
Jean-Pierre Gattégno
Longtemps, je me suis couché de bonne heure
Ed. Actes Sud, 2004 |
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