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Le cinéaste belge Frédéric Fonteyne démontre avec «La femme de Gilles» que l’esprit de sacrifice, aussi «admirable» soit-il, n’est pas forcément la solution.
Dans la relation de couple, l’esprit de sacrifice entraîne le généreux ou la généreuse donatrice à adopter une posture malaisée, ambiguë, pétrie de non-dit et d’arrière- pensées, que l’on paie tôt ou tard au prix fort. En adaptant le roman homonyme de Madeleine Bourdouxhe publié en 1937, le cinéaste Frédéric Fonteyne démonte, sous le couvert d’un film à costumes, un processus d’autodestruction qui reste toujours d’actualité en dépit de notre vernis moderniste - l’affect est un archaïsme «pénible» appelé à durer éternellement, comme l’a rappelé souvent le très lucide Antonioni (encore qu’avec le clonage!)...
| «Le sacrifice de soi est-il une vertu ou la preuve d’une inadaptation fondamentale aux réalités de ce monde?» |
Les années trente. Elisa (Emmanuelle Dévos) est une épouse modèle: mariée à Gilles (Clovis Cornillac), un ouvrier employé aux hauts-fourneaux, elle tient la maison et pourvoit vaillamment à l’éducation de ses enfants. Son mari travaillant de jour et parfois même la nuit, Elisa mène une existence solitaire que seules les visites de sa soeur Victorine (Laura Smet) viennent égayer.
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Difficile parfois d’expliquer la genèse du soupçon! D’un jour à l’autre, Elisa «sait» que Gilles la trompe avec sa soeur. L’épouse modèle décide alors de se taire et d’attendre que «cela passe»... L’épreuve est redoutable, mais Elisa tient bon. Observant une rigueur formidable, Fonteyne ne tranche surtout pas, se vouant à restituer dans toute sa complexité cette terrible «stratégie» de récupération (qui n’en est peut-être pas une), que d’aucuns confondront avec le courage, l’abnégation ou un truc du genre... Ce n’est qu’au final que le cinéaste nous délivrera son sentiment personnel, par le biais d’une dernière scène stupéfiante, qui frappe au coeur. «Enfermé» de main de maître par le réalisateur dans le seul point de vue d’Elisa, le spectateur avait fini par souhaiter et saluer son amère victoire et le voilà soudain devenu coupable de non-assistance à personne en danger... Parfois, l’empathie, piège cinématographique par excellence, est bien mauvaise conseillère!
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