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Depuis quelque temps, le débat fait rage autour de l’assurance invalidité et les positions, souvent tranchées, reflètent autant la complexité du sujet que l’idéologie de celui qui les soumet. Le point avec Christian Beuret, assistant social et responsable du secteur Insertion du CSP à La Joliette.
L’Assurance Invalidité (AI), avec ses cinq milliards de déficits cumulés dus à l’augmentation importante du nombre de rentiers (40% en dix ans), s’est vu placée au coeur du débat politique l’an passé par l’interpellation de l’UDC sur les «faux invalides» ainsi que par le fait du doublement en dix ans du nombre de rentes pour raisons psychiques.
Cette situation, loin d’être propre à notre pays, concerne l’ensemble des pays industrialisés. On est donc face à un débat de société qui met en cause, pour les uns, un système économique au libéralisme déshumanisé qui entraîne les plus fragiles vers une diminution de reconnaissance sociale, tandis que d’autres tiennent le «système éducatif permissif» pour responsable de conduire un grand nombre de jeunes à l’incapacité de supporter contraintes et frustrations.
Ce printemps, le Conseil fédéral a présenté un plan de bataille pour tenter d’assainir la situation et réduire le nombre de nouvelles rentes de 10% par année. Les maîtres mots de cette réforme sont «détection précoce» par la mise en place, en amont de l’AI, de «Centres de détection précoce et de suivi» qui chercheront à maintenir en situation d’emploi des personnes en arrêt maladie, ainsi que «mesures d’intégration» en partant du principe qu’au sein même de l’AI, une invalidité n’est que temporaire, et qu’on peut y remédier moyennant un suivi intensif incluant, par exemple, des programmes d’occupation, des cours, des mesures thérapeutiques ou autres.
La mise au bénéfice de mesures d’intégration serait en principe décidée pour une période de deux ans et obligera la personne à se montrer «coopérative», même si la notion de «travail convenable», que la personne est tenue d’accepter, sera définie de manière beaucoup plus souple que dans l’assurance-chômage, le principe étant «qu’une activité, quelle qu’elle soit, est (toujours) préférable à l’inactivité».
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Quoi qu’il en soit, le parcours actuel du futur rentier potentiel est loin d’être une ballade de santé. De demande en questionnaire, d’enquêteur en rapports, de commission en expert et en contre-expert, le processus peut durer deux ou trois ans pour toucher une rente moyenne de 1500 francs.

Le candidat devra se munir d’une bonne dose de courage devant certaines crispations dans le traitement des dossiers, comme l’observe Gustavo Basterrechea, psychiatre, expert pour les demandes AI: «On a l’impression que l’AI considère que les experts sont trop favorables aux personnes expertisées, que les psychiatres seraient complices des «paresseux». Or en vingt ans, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir eu à faire à un paresseux. (…). Sortir du travail est une forme de suicide social. Nous considérons que le travail fournit à l’individu cinq fonctions essentielles: le revenu, l’identité, la gratification narcissique, la socialisation et la décharge énergétique. Les personnes qui se tournent vers l’AI ne le font pas de gaieté de coeur, mais parce qu’elles ne voient pas d’autres solutions» (L’Hebdo, 12 février 2004).
C’est aussi notre avis. Notre expérience au Secteur Insertion du CSP nous montre qu’une demande AI est une démarche difficile, un renoncement souvent définitif à une vie professionnelle et un statut souvent humiliant au regard d’autrui. Gardons-nous de charger la peine par des jugements hâtifs, et des considérations superficielles.
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