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Narquois, déchirant, prophétique, corsé, généreux, le documentaire de Jonathan Nossiter «Mondovino» célèbre la mort du vin victime de la mondialisation «chic».
Pour le cinéaste Jonathan Nossiter, l’univers du vin constitue un reflet hélas parfait du monde actuel. Expression antédiluvienne d’une culture attachée au lieu, dont le fondement repose sur la notion irréductible du terroir, le vin est aujourd’hui la proie d’apparatchiks du système néolibéral qui se soucient comme d’une guigne de la portée mortifère de leurs actes mercantiles. Pendant trois ans, Nossiter a arpenté les vignobles du monde entier pour «sarcler» un constat très alarmant (pour ne pas dire plus). Armé de sa petite (et discrète) caméra digitale, il a procédé à une enquête minutieuse et passionnante, qui confond l’ennemi, dévoile les collabos et met en exergue les résistants. Même s’il n’en fait pas étalage (à des fins purement stratégiques), Nossiter sait parfaitement de quoi il en retourne: avant de devenir l’un des réalisateurs indépendants américains les plus intéressants de sa génération, il a été oenologue et a officié comme sommelier dans plusieurs restaurants new-yorkais très cotés.
«Le vin est aujourd’hui la proie d’apparatchiks du système néolibéral qui se soucient comme d’une guigne de la portée mortifère de leurs actes mercantiles» |
Inébranlable, Nossiter va jusqu’au bout de sa démonstration: il démonte les mécanismes de l’uniformisation du goût du vin qui vise à conquérir le marché mondial (conquête qui passe d’abord par les papilles gustatives atrophiées nord-américaines). Ce faisant, il dévoile la complicité plus que douteuse qui unit quelques «chimistes» de haut vol et le fameux Robert Parker, star de la critique vinicole.
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Avec une science très sûre du recoupement, notre cinéaste n’a pas son pareil pour mettre dans l’embarras certains grands propriétaires européens (dont moult Bordelais) qui n’ont pas hésité à sacrifier la notion pourtant sacrée du terroir sur l’autel de la rentabilité à court terme. Jouant magistralement du contraste révélateur, Nossiter passe et repasse à dessein de la Californie aseptisée et de ses entrepreneurs astringents à tête de mafieux policés (dont les fameux Mondavi) aux collines de Bourgogne, de Sardaigne et autres terrains mythiques vitifères où quelques formidables tempéraments résistent encore (l’irrésistible Hubert de Montille, Aimé Guibert en Cassandre méditatif, l’émouvant Battista Columbu, etc.). Gueule de bois garantie, mais absolument indispensable pour ne pas boire idiot!
«Mondociné»?
L’extraordinaire «Mondovino» a parfois les accents déchirants d’un éloge funèbre: le vrai vin est mort, il ne faut plus le boire! Mais quid du cinéma? Passera-t-il tôt ou tard aussi sous les fourches caudines de la globalisation made in USA? La cause est-elle déjà entendue? A première vue, les chiffres sont sans appel: dans presque tous les pays du monde, les productions hollywoodiennes mènent le bal. Depuis belle lurette, les Etats- Unis considèrent et vendent le cinéma comme un bien, alors que la «vieille» Europe s’évertue à le considérer comme un service. Cette stratégie agonistique ourdie outre-Atlantique a été renforcée par l’apparition de la VHS suivie de celle du DVD dès fin 1996. Résultat: aujourd’hui, certains n’hésitent pas à parler d’«une première guerre mondiale de la culture» qui opposerait les Etats-Unis au reste du monde! Justifiée ou non, cette dramatisation a eu pour effet (très) bénéfique d’inciter les Etats européens et quelques pays asiatiques (dont la Corée du Sud) à se doter d’instruments étatiques qui leur permettent de défendre l’idée fondamentale de diversité. Las, le ver est dans le fruit: maints producteurs européens, rêvant de battre l’Oncle Sam sur son propre terrain, font désormais leurs films au moule hollywoodien. Pour mémoire, c’est ainsi que les grands propriétaires bordelais ont égaré leur vin et leur âme, en se convertissant d’eux-mêmes à l’évangile gustatif de Saint Parker! (V. A.)
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