La Vie Protestante neuchâteloise
n° 170 • décembre 2004
Le temps vs les super héros
cinéma

Frais émoulu des studios Pixar, «Les indestructibles» est une nouvelle illustration de l’immense talent de ces manipulateurs de pixels frappadingues.

«Toy Story», «1001 pattes», «Monstres et Cie», «Le Monde de Nemo»... Cette litanie de triomphes planétaires a dû faire rêver plus d’un producteur désargenté! Issus des bientôt mythiques studios Pixar, qui ont révolutionné la production (et l’art) du film d’animation, ces films ne procèdent pas d’une alchimie hasardeuse.

«De fait, la formule du succès élaborée chez Pixar réside plus dans le soin porté au scénario que dans le recours aux dernières technologies»

De fait, la formule du succès élaborée chez Pixar réside plus dans le soin porté au scénario que dans le recours aux dernières technologies; une histoire bien fichue et des personnages attachants constituant le meilleur antidote au vieillissement rapide des techniques 3D. Estampillé film de Noël de l’année 2004 par des distributeurs qui craignent fort que le filon ne leur échappe un jour (voir notre encadré), «Les indestructibles» («The Incredibles») en administre une nouvelle fois la preuve. Réalisé par Brad Bird, auteur en 1999 d’un attachant «Géant de fer», ce nouveau joyau brille surtout par l’originalité de son histoire qui, comme d’habitude, allie un sens très affûté de l’ironie décalée (pour ravir les adultes), à une réelle profondeur psychologique qui troublera à bon escient les enfants.

Comme toujours avec Pixar, le premier quart d’heure est un vrai régal! Connu sous le surnom de «Mr. Indestructible», le dénommé Bob Paar était jadis un super héros de première force.

Aujourd’hui, il en est réduit à travailler comme expert en assurances (ventripotent) dans un bureau sinistre où il s’ennuie à mourir! Sa femme Hélène n’est pas mieux lotie, contrainte de vivre une vie parfaitement normale avec trois moutards à élever... Décidément, il est loin le temps où elle sauvait des vies à la pelle sous la défroque flamboyante d’«Elastigirl»! Bien évidemment, une facétie du scénario va permettre à toute la famille de reprendre du service. Las, il ne s’agira que d’une minable vendetta privée, orchestrée par un fils spirituel de «Mr. Indestructible», déçu et en mal d’oedipe... La critique sous-jacente à ce «faux» divertissement familial frappe par son amertume très peu disneyenne. Les super héros de notre enfance n’ont plus leur place dans le monde désenchanté qui est aujourd’hui le nôtre... Nous avons vieilli!  

Vincent Adatte

   
   
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