La Vie Protestante neuchâteloise
n° 170 • décembre 2004
Eduquer dans l'Eglise, une tâche dépassée?!
page du CS

Le mot peut sembler archaïque, avec son image rigide où les enfants étaient éduqués «à la dure». Selon le petit Robert, un des sens du mot éducation, c’est « la mise en oeuvres de moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain».

Cette définition convient parfaitement au projet de notre Eglise et en particulier aux visées du département Théologie, Education et Formation. Son but est bien la mise en oeuvres de moyens qui permettent aux enfants, jeunes et adultes de se former et de se développer en tant qu’individu libre et responsable devant Dieu et devant les autres. Éduquer n’est pas endoctriner, mais accompagner chacun dans son cheminement de vie. Cette éducation* pourrait être une éducation sur le «devenir chrétien».

«Eduquer n’est pas endoctriner, mais accompagner chacun dans son cheminement de vie»

Son objectif ne serait pas l’individu en tant qu’être, «en tant qu’essence immuable», mais en tant qu’individu dont la vie entière est soumise «à la dynamique du devenir, du mouvement, du changement». Cela signifie que les «Etapes sur le chemin de la vie» définies par Kierkegaard soient vécues et assumées par chacun selon sa propre évolution. Ces trois stades sont «les stades esthétique, éthique et religieux. Le stade esthétique est celui où le but de la vie, c’est l’immédiat, la sensualité, la spontanéité de l’instant vécu pour soi-même. Le stade éthique est celui du choix absolu, de la liberté où l’individu ne choisit pas ceci ou cela, le beau ou le laid, le faux ou le vrai, mais où il se choisit lui-même, où il devient l’homme du devoir, du devoir auquel il s’est librement soumis, en toute conscience et responsabilité.» Enfin le stade religieux est celui où «ce ne sont pas des idées, mais l’individu lui-même qui est engagé; il se trouve confronté non à une idée, mais à une personne, même si cette personne est le Tout-Autre!».

Ces trois stades ne sont pas chronologiques et ne sont pas séparés: ils se vivent selon le rythme de chaque individu. L’éducation chrétienne, en ce sens, est un accompagnement que l’Eglise offre à chaque individu dans sa quête du devenir: devenir une femme, un homme responsable de soi (de la beauté du soi), engagé dans ses choix et devoirs en tant qu’individu vis-à-vis de la société et de l’Eglise, engagé dans une relation de sens avec Dieu, son prochain et soi-même.

L’engagement des agentes et des responsables de l’éducation chrétienne tant au niveau cantonal que paroissial, les théologiens et théologiennes, les aumôniers et aumônières des Ecoles supérieures, les formateurs et formatrices d’adultes, sont, entre autres, des forces que notre Eglise offre pour assurer la formation et le développement de l’être humain. L’éducation chrétienne n’est donc pas un carcan doctrinal où l’individu entre dans un moule uniforme, mais elle est fondamentalement la mise en oeuvre des moyens à assurer la formation et le développement de l’individu dans la perspective relevée par le pasteur François Dubois avec le philosophe Kierkegaard, à savoir «la liberté reçue comme vocation existentielle». L’individu, petit ou grand, jeune ou vieux, femme ou homme, est appelé à devenir libre dans la foi en Jésus- Christ. Et cette naissance peut se préparer et se vivre avec les moyens que l’Eglise offre à chacune et chacun au nom de son Seigneur.  

Christian Miaz
(Photo: L. Borel)

* En reprenant l’analyse faite par le pasteur François Dubois dans son livre «L’Eglise des individus» chez Labor et Fides au sujet du philosophe Kierkegaard (p. 242-245).

   
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