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Entre comédie et film fantastique, «Rois et reine» fait un sort admirable à notre indécrottable sentiment de maîtrise. Ce chef-d’oeuvre est signé Arnaud Desplechin, (jeune) cinéaste français indispensable!
Pour aborder la teneur du nouveau et admirable film d’Arnaud Desplechin, mieux vaut en passer par son titre, donc «Rois et reine»... La reine se nomme Nora Cotterelle (Emmanuelle Devos). Directrice épanouie d’une galerie d’art, Nora est sur le point de connaître son sacre, car elle va prochainement se (re)marier avec un homme qui lui convient, enfin! Les rois sont nettement moins glorieux, déchus peut-être, mais rien n’est moins sûr. Ils sont au nombre de trois: le père de Nora (Maurice Garrel) dont le cancer est en phase terminale, Pierre (Joachim Salinger), jeune mari défunt de Nora, et Ismaël Vuillard (Mathieu Almaric), altiste en bien piètre état psychique et ex-amant de Nora!
Il y a aussi un petit prince désorienté: prénommé Elias, c’est le fils de Nora. Elias n’a pas connu Pierre, son père, mais a été (un peu) élevé par Ismaël. En prenant le temps qu’il faut (deux heures et demie qui passent en un éclair), Desplechin va faire un sort à la reine triomphante…
Dans un premier temps, «Rois et reine» entremêle avec une virtuosité confondante deux histoires qui paraissent disjointes: le retour de Nora vers son père mourant (mais vengeur) à Grenoble et l’internement forcé de Mathieu dans un hôpital psychiatrique parisien, où Catherine Deneuve fait merveille dans le rôle d’une psychiatre limitée.
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Le cinéaste met en scène le retour de Nora dans une tonalité fantastique, filmant Grenoble comme s’il s’agissait de la Brême du «Nosferatu» (1922) de Murnau. Mais il filme d’une tout autre manière l’internement de Mathieu, dans l’esprit de la comédie loufoque chère à l’âge classique hollywoodien. Dans sa dernière partie, «Rois et reine» (re)noue les deux histoires disjointes (qui ne faisaient qu’une) et atteint alors à son acmé morale, éthique et esthétique...

| «En usant avec une liberté fabuleuse du cinéma de genre, notre cinéaste remet sans cesse en question ce que croit savoir son spectateur» |
En usant avec une liberté fabuleuse du cinéma de genre, Desplechin remet sans cesse en question ce que croit savoir son spectateur (ce déni est consubstantiel à tous les grands films). Au final, c’est la reine qui se retrouve enfermée (dans son existence). Les rois, aussi déchus soient-ils, réintègrent (au moins) symboliquement leur rang. L’un d’entre eux file même vers une vraie liberté...
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