|
Il est des dérapages «ordinaires» aussi dérangeants et significatifs que les violences extrêmes, mais plus lointains, dont nous submergent les médias. Dire non à la violence commence ici et maintenant.
Un langage détourné
Notre fils de 10 ans rentre de l’école. Racontant sa journée, il décrit une dispute qu’il a eue avec d’autres enfants dans la cour, à l’heure de la récréation. Je lui demande: «Quand tu as traité ta copine de binoclarde sans cervelle (!), c’était vraiment ce que tu pensais d’elle?!» «Non, bien sûr! Mais elle m’avait tellement énervé…» Au vrai message, qui était «Tu as fait quelque chose qui m’a mis en colère», il a donc substitué: «Tu es nulle parce que tu portes des lunettes!» Je lui fais remarquer qu’il est difficile pour l’autre de nous comprendre si nous nous exprimons de façon aussi détournée. Il me regarde, pensif, puis conclut: «T’en fais pas, on est redevenus tout copains après ça!»
Des mécanismes à décrypter
Je participe à la journée cantonale de lancement de la Campagne oecuménique 2005 au cours de laquelle nous sommes invités à témoigner, sous diverses formes, que la violence n’aura pas le dernier mot. Une animatrice du Mouvement international de la Réconciliation (MIR) nous introduit dans ce thème à partir du texte biblique où l’on voit Jésus renverser les tables des marchands du temple. Ensuite, en petits groupes, nous tentons de répondre à la question: «Et moi, qu’est-ce qui me ferait renverser des tables?». De toute évidence, accumulation de frustrations, colère et passage à l’acte sont étroitement liés. Mais, parfois, nous sommes aussi traversés d’une force vitale irrépressible qui a une autre origine. Elle nous pousse à ne pas tolérer l’injustice, à prendre parti, à nous lever pour faire face à l’inacceptable et à dire clairement ce qui doit l’être. Or, bien malin qui sait distinguer immédiatement et sans se tromper les manifestations d’une brusque vidange émotionnelle des signes d’une juste ou sainte colère.
|
 |

Crises et dialogue
De multiples raisons peuvent conduire un individu ou tout un groupe à recourir à la force brute pour régler un conflit ou pour montrer son rejet d’une situation jugée insupportable. Réprimer purement et simplement ces élans ne fait que reporter le moment où tout basculera. À l’inverse, les laisser s’exprimer aveuglément n’est pas socialement tolérable. Ni humainement acceptable: faire du mal à l’autre, c’est toujours aussi, en définitive, se blesser soi-même. La seule vraie paix est celle dont le Christ a donné l’exemple. Ni complaisance béate, ni déchaînement impulsif, elle grandit petit à petit là où la vérité profonde de chacun des partis en désaccord retrouve un espace suffisant pour devenir éclairante et libératrice. Écouter ce qui se joue derrière des comportements inappropriés, même blessants ou destructeurs, est la clé de l’amour du prochain et de la résolution des conflits. En comprendre et en dire le véritable sens, en mots simples et vivifiants, telle est notre mission en Eglise et au-delà.
|
Jacqueline Lavoyer-Bünzli
(Photo: L. Borel)
|
|