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Réalisé par un cinéaste roumain qui a connu l’exil, «Vis, vas et deviens» fait un sort à la fois admirable et désespérant à toutes les intolérances. L’exode y a hélas valeur universelle.
Acteur au théâtre yiddish de Bucarest, le jeune Radu Mihaileanu fuit dès 1980 la dictature de Ceaucescu. Après être passé par Israël, il se réfugie en France où il étudie le cinéma. Il tourne son premier long-métrage en 1993, «Trahir», qui narre les compromissions sans retour d’un jeune poète roumain sous le régime communiste. Cinq ans plus tard, Mihaileanu connaît la consécration avec le très inconfortable «Train de vie» (1998) dont le propos est à nouveau en prise directe avec sa «biographie» (plus précisément celle de ses parents). En 1941, dans une communauté juive d’Europe de l’Est, le fou du village organise un «faux» train de déportation pour donner le change aux nazis qui déportent tous azimuts. «Vis, va et deviens», titre inspiré au cinéaste par la lecture de l’indispensable «Vie et destin» de Vassili Grossman, est empreint du même souci de témoigner. Exode, exil, dissimulation, intolérance, souffrance sont les mots-clefs qui ouvrent les portes des fictions très documentées de ce cinéaste rare qui n’a pas renoncé à l’humanisme (ni à l’humour désespéré).
En 1984, des centaines de milliers d’Africains issus de vingt-six pays dévastés par la famine se meurent dans des camps de fortune établis au Soudan. Parmi eux se trouvent des milliers de juifs éthiopiens (Falashas) qui ont fui le régime pro-soviétique et totalitaire de Mengistu. Depuis leurs montagnes, ils se sont rendus à pied dans un pays musulman où ils doivent cacher leur identité juive sous peine de mourir! Avec l’appui logistique des Etats-Unis, Israël monte alors l’opération «Moïse» pour sauver les «falashas» en leur faisant gagner la «Terre Promise» via un pont aérien... C’est dans le contexte de cette répétition dramatique de l’exode qu’une mère chrétienne incite son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine... Emmené en Israël, l’enfant est adopté par une famille séfarade de Tel-Aviv.
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| «Vivant sous le prénom d'emprunt de Shlomo, il vit dans la terreur que l'on découvre qu'il n'est ni juif, ni orphelin, mais seulement noir!» |
Vivant sous le prénom d’emprunt de Shlomo, il vit dans la terreur que l’on découvre qu’il n’est ni juif, ni orphelin, mais seulement noir! Avec une sensibilité extraordinaire, le cinéaste réussit à faire de ce sujet terriblement casse-gueule un plaidoyer admirable en faveur de la (sur)vie, au-delà des différences religieuses. A méditer les yeux grand ouverts!
Opération Moïse
Sous le nom de code «Opération Moïse», Israël et les Etats- Unis entreprennent, de novembre 1984 à janvier 1985, une action d’envergure pour emmener à «Jérusalem» des milliers de juifs éthiopiens. Longtemps soumise à controverse, leur judaïté a enfin été reconnue, même si leur origine fait encore l’objet de polémiques entre chercheurs. La plupart de ces derniers les considèrent comme des descendants des représentants des douze tribus d’Israël qui escortèrent vers le royaume d’Axoum (dont le territoire correspond en gros à l’Ethiopie actuelle) le Prince Menelik, lui-même à moitié juif, car fruit des «amours» de la Reine de Saba et du Roi Salomon. Mais certains infirment cette hypothèse en décrivant les juifs éthiopiens comme des Hébreux qui auraient quitté l’Egypte à l’époque de Moïse, remontant le cours du Nil, au lieu de traverser la Mer Rouge vers la Terre promise, comme leurs pairs. Appelés du nom de «Falashas», un mot issu du guèze, la langue classique éthiopienne, qui signifie «émigrer» ou «sans terre», les juifs éthiopiens récusent non sans véhémence cette «appellation» qu’ils considèrent comme péjorative, car elle atteste d’un statut identitaire soidisant problématique, qui fait injure à leur origine. Seuls juifs parmi les noirs d’Afrique, seuls noirs parmi les juifs «du monde», ils n’ont pas fini d’en «baver», comme le montre le film admirable de Radu Mihaileanu. (V. A.)
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