La Vie Protestante neuchâteloise
n° 173 • avril 2005
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Les deux auteurs se veulent historiens et s’en donnent les moyens: recherches dans les archives communales, dans celles d’associations et de familles, éléments statistiques pour présenter le plus objectivement possible «L’immigration italienne dans les Montagnes neuchâteloises, à La Chaux-de-Fonds et au Locle durant la Première Guerre mondiale et la période fasciste 1914-1945».

En fait, les Italiens sont présents dans le haut du canton dès la moitié du XIXe siècle. On retrouve même à La Sagne des traces de Vaudois du Piémont au XIVe siècle; ces précurseurs de la Réforme protestante venaient sans doute s’y préserver des persécutions. Dans un précédent ouvrage, Zosso et Marsico avaient déjà évoqué le passé de ces travailleurs à la construction des deux villes en pleine expansion. Ici, ils abordent la période des deux guerres mondiales. Ils nous font revivre, année après année, les turbulences et les épreuves encourues par les émigrés et par toute la population de nos régions: alternance de crises économiques, de chômage, d’épidémies et de reprises industrielles grâce, il faut bien le dire, à la fabrication des armements dont les belligérants des deux camps étaient gourmands. Le sort des Italiens n’était pas foncièrement différent de celui des indigènes. Il y avait les gagne-petit, les manoeuvres du bâtiment, mais aussi d’habiles mécaniciens et ceux qui connaissaient une certaine réussite économique et sociale: entrepreneurs ou commerçants.

Deux facteurs vont bouleverser leur existence. D’abord la participation à la guerre: les hommes sont mobilisés par leur pays, et plusieurs n’en reviendront pas. Les réfractaires ne peuvent plus retourner en Italie sous peine d’être arrêtés et fusillés comme traîtres à la patrie. Ensuite, le développement du fascisme dès les années 20: l’emprise de cette «peste brune» a pénétré les colonies italiennes. Par tous les moyens, elle s’immisce dans la vie de leurs membres. Si plusieurs résistèrent, beaucoup se laissèrent tenter par ce qui leur apparaissait comme un renouveau glorieux de leur nation.

Cet ouvrage nous fait ainsi revisiter l’histoire encore récente de notre pays et de notre continent. Il réaffirme avec force combien les émigrés, quel que soit leur degré d’intégration, restent écartelés entre leur pays d’origine et leur pays d’adoption. Qu’ils se tournent vers celui-ci ou celui-là, ils sont toujours des étrangers.  

François Zosso et Giovanni Emilio Marsico

Les Bâtisseurs dans la tourmente

Ed. G d’Encre


Michel de Montmollin

   
   
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