La Vie Protestante neuchâteloise
n° 173 • avril 2005
Je suis pasteur
page du CS

«Je suis pasteur», dis-je simplement à celui qui venait de décliner sa profession. Cela faisait quelques minutes seulement que la discussion s’était engagée avec ce physicien rencontré un peu par hasard. Du tac au tac, il m'adresse ces mots: «Tiens, vous et moi faisons à peu près le même métier: on soulève des tas de questions et on ne sait pas très bien comment y répondre».  

J’ai aimé. La phrase et l’attitude. Le physicien faisait preuve de modestie et d’humour en posant un tel regard sur son travail et je me suis senti compris dans le regard qu’il posait sur le mien. Sans doute en raison du choix des mots, en accord avec ma vision: le soin apporté aux questions aide souvent plus à avancer que la prétention d’y répondre. Mais ce qui m’a sans doute le plus touché, c’est la spontanéité avec laquelle l’homme avait placé nos activités, pourtant si différentes, sur le même plan. Une sorte de capacité d’en venir à l’essentiel.



Et de continuer à discuter des outils respectifs que nous pouvions mettre en place, chacun dans ses compétences, pour tenter d’apporter des éléments de réponse à des questions, somme toute, partagées par tous. L’essentiel. Sur ce point, nous exercions, le physicien et le pasteur, des professions identiques.

La boutade prenait une force d’interpellation nouvelle. D’interrogation. S’il fallait dire l’essentiel de mon métier, l’essentiel du travail en Eglise, l’essentiel du travail diaconal, l’essentiel de l’engagement bénévole... je me surprends à hésiter. L’essentiel du travail en Eglise tourne autour de quelques mots d’Evangile, bien sûr: un homme, Jésus de Nazareth vit, se déplace, parle et rencontre des hommes et des femmes; il est mis à mort et lorsque plusieurs racontent comment ils l’ont rencontré, ressuscité, alors, certains commencent à l’appeler le Christ. L’essentiel tourne autour de l’espace qu’ouvre l’Evangile: un espace de vie pour les humains, une sorte de lieu plus grand, capable de recevoir nos questions sans réponse, comme si la résurrection était passée par-dessus les limites que nous connaissions. Il s’agit alors d’un espace pour les humains. Pas seulement pour les croyants.

L’essentiel du travail en Eglise est de dire toujours à nouveau cet espace.
Là, il est possible que les humains se rencontrent, tantôt pour dire la tristesse qui les dépasse, tantôt pour vivre la joie qu’ils ne mesurent pas. Cultes, fêtes, rencontres, actes pastoraux, services diaconaux, entraide, rites, sacrements, accompagnement, prière, chant et musique, mais aussi organisation, colloques, séances et règlements doivent permettre aux uns et aux autres, quelles que soient leurs convictions, de trouver un espace non délimité par nos critères. Là, avec les physiciens et autres humains, il sera possible encore de déposer calmement nos questions, sans trop savoir comment, ni si, nous allons y répondre.

L’essentiel ne sera pas dans les réponses, mais dans les espaces de vie que nous saurons créer, chacun avec ses compétences, pastorales, diaconales ou émanant d’autres formations.

Moi, «Je suis pasteur». Il y a ce que je sais faire pour contribuer à ouvrir cet espace. Et il y a ce dont je suis incapable. L’Eglise, dans sa mission, a besoin de ministères variés, de compétences professionnelles et bénévoles, pour que l’espace de vie que nous ouvrons participe vraiment de la Bonne nouvelle.

Gabriel Bader
(Photo: L. Borel)

   
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