La Vie Protestante neuchâteloise
n° 173 • avril 2005
Lorsqu'un salaire ne suffit plus pour vivre!
à savoir

Les travailleurs sociaux du Centre social protestant (CSP) sont au coeur de la problématique des working poors. Ils constatent que de nombreuses personnes les consultant correspondent à la définition qu’en donne l’Office fédéral de la statistique (OFS): «Les working poors sont des personnes exerçant une activité professionnelle et vivant dans un ménage pauvre, dont l’âge est compris entre 20 et 59 ans». Explications.  

L’OFS a restreint la catégorie des working poors aux personnes exerçant une activité professionnelle, même cumulée dans un ménage, égale ou supérieure à 36 heures par semaine (au moins l’équivalent d’un poste à plein temps). Le seuil de pauvreté a été fixé à un revenu net de Fr. 4550.- pour une famille avec deux enfants et à Fr. 2450.- pour une personne seule. Ces deux montants comprennent les besoins de base, tels que nourriture, vêtements, transports, communications, énergie et, en plus, le loyer moyen et la prime d’assurance maladie. Tout ménage dont le revenu net, après déduction des impôts, est inférieur à ce seuil de pauvreté, est considéré comme pauvre.

Selon ces critères, l’OFS dénombre en 2003, 231’000 working poors en Suisse, vivant dans 137’000 ménages totalisant 513’000 personnes, dont 233’000 enfants. Vu l’ampleur du phénomène, il faut en conclure que le travail à plein temps ne protège plus de la pauvreté. Les plus concernés par cette problématique sont:

- Les femmes seules avec enfants, qui travaillent souvent à temps partiel, faute de structures d’accueil et/ou en raison de leur coût trop élevé pour leur budget. Elles acceptent alors des horaires de travail flexibles, donc instables. A qualifications égales, les femmes sont encore trop nombreuses à avoir des revenus inférieurs à leurs collègues masculins.

- Les familles nombreuses (3 enfants et plus): selon notre expérience au CSP, si un revenu vient à disparaître (grossesse ou maladie) ou à diminuer (chômage), ces familles plongent en-dessous du seuil de pauvreté. Les jeunes adultes majeurs, en étude et toujours à la charge de leurs parents subissent une augmentation de leur caissemaladie avec introduction de la franchise. Les budgets familiaux se retrouvent rapidement déséquilibrés.

- Les étrangers: ils travaillent souvent dans des secteurs offrant des salaires précaires (hôtellerie, industrie textile, restauration, construction de machines) et souvent par l’intermédiaire d’une agence de travail temporaire.

- Les personnes au bénéfice de formations et expériences professionnelles modestes: les salaires dépendent le plus souvent du niveau de formation. Mais alors quelles sont les mesures à prendre pour lutter contre cette pauvreté? Selon la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS), il ressort que la majorité des cantons est favorable à:
- un octroi ciblé sur les familles de prestations complémentaires allouées en fonction des besoins;
- une extension des offres de structures d’accueil extrafamiliales;
- un allégement des charges fiscales des familles;
- une harmonisation formelle des allocations familiales.

Dans notre canton, la baisse des aides sociales, plus spécifiquement des subsides pour l’assurance-maladie, a des conséquences désastreuses, les familles prenant sur le budget nourriture pour payer cette différence. Chaque année, les bas revenus doivent donc vivre avec moins, car ils ne sont que très rarement augmentés. Que deviendront leurs enfants qui sont finalement l’avenir de notre pays?  

Marie-Noëlle Cattin
(Photo: L. Borel)

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