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La saga «Star Wars» prend fin avec «La revanche des Sith». Pour la dernière fois, le cinéaste Georges Lucas exploite sa petite entreprise de numérisation de nos mythes fondateurs.
Le 18 mai prochain, toute la planète vivra à l’heure de la «Guerre des étoiles» («Star Wars»). C’est en effet à cette date que Georges Lucas a orchestré la sortie mondiale du sixième et ultime volet de sa saga sonnante et trébuchante («La revanche des Sith»). Ne comptez pas sur le soussigné pour vous mettre au parfum: à l’instar de la majorité de ses collègues critiques, le pauvre n’a pas eu l’heur d’être invité à une vision de presse. Paranoïa du piratage? Défiance envers les journalistes? Depuis belle lurette, le sieur Lucas est coutumier de ce genre d’attitude altière qui, d’ailleurs, prévaut de plus en plus dans le milieu de la grande industrie cinématographique. Pour le non-initié, l’ordonnance du feuilleton «Star Wars» tient sans doute un peu du casse-tête. Rappelons à son intention que l’auteur de «American Graffiti» (1973) a commencé par le milieu avec «La guerre des étoiles» (1977), «L’empire contre-attaque» (1980) et «Le retour du Jedi» (1983) qui achève la série. Pour mémoire, on y voyait le jeune Luke Skywalker en butte à un roman familial pas piqué des vers triompher de forces du mal très paternelles! Suite à un revers de fortune - susurrent certaines mauvaises langues -, Lucas s’est décidé à faire toute la lumière sur cette filiation «abominable», en rajoutant dès 1999 trois épisodes qui, de façon un brin languissante, nous apprennent comment Anakin Skywalker, père du brave petit Luke, a fini par passer du côté de la force obscure en endossant la sombre robe de bure du «méchant» Darth Vador.
Un brin paresseux, Lucas applique sa recette habituelle en truffant son «space-opera» d’emprunts à la tragédie grecque (bonjour M. Oedipe!), aux chansons de gestes moyenâgeuses et à des théories manichéistes et cosmogonistes un brin datées (surtout celles de Joseph Campbell). Mais le bonhomme est malin, car il revêt tout ce fatras antique d’apparats technologiques qui donnent le change. Las, même sur ce plan, la vision de «L’attaque des clones» (2002), dont «La revanche des Sith» constitue la suite, a déçu.
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«Mais le bonhomme est malin, car il revêt tout ce fatras antique d’apparats technologiques qui
donnent le change» |
Au jour d’aujourd’hui, le tout-numérique de Lucas n’est plus vraiment une surprise: plus une machine à décerveler les acteurs qu’une nouvelle et véritable expérience esthétique! Bref, il est grand temps que cela finisse, à moins que...
Sur les traces de l’Oncle Walt
Bâtisseur d’empire dans la plus pure tradition américaine, Georges Lucas fêtera ses soixante et un ans le 14 mai prochain. Qu’il prononce un petit discours ému à cette occasion (même si ce n’est sans doute pas son genre) et il ne manquera pas d’évoquer la mémoire de ce cher Walt Disney (1901- 1966), dont il a avoué à plusieurs reprises et sans ambages qu’il en a fait son modèle. A l’instar du créateur de Mickey, Lucas n’a eu de cesse de prendre ses distances avec Hollywood. Dès 1981, il a délocalisé toutes ses activités non loin de San Francisco. Comme Disney, plus que les films, c’est la technique qui le passionne: nous lui devons notamment la création du fameux procédé «THX» qui équipe la plupart de nos salles; pour le simple profane, rappelons qu’il s’agit d’un procédé de lecture hi-fi qui a constitué une véritable révolution dans le domaine du son au cinéma. Devenu plus riche que feu l’oncle Walt, Lucas, qui dit abhorrer les acteurs, a temporairement renoncé à la mise en scène de sa saga «Star Wars» après le premier volet (1977), tout en continuant d’exercer dans l’ombre un contrôle impitoyable sur les tâcherons chargés de mener à bien les deux suivants. Des esprits chagrins mais plutôt perspicaces murmurent que Lucas a attendu l’avènement du numérique, qui ravale les acteurs au rang de simple faire-valoir, pour reprendre le flambeau en 1999 avec «La menace fantôme». (V. A.)
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