La Vie Protestante neuchâteloise
n° 174 • mai 2005
Femmes, soyez soumises à vos maris!
à savoir

Si vous voulez faire rire, vous ridiculiser ou passer pour un arriéré, citez cette parole attribuée à l’apôtre Paul (Ephésiens 5,22). Le couple du XXIe siècle ne saurait en effet répondre à une injonction de ce genre, propre à un temps, sous nos latitudes tout au moins, largement révolu! Analyse de Denis Perret, conseiller conjugal au CSP.

Même si l’apôtre atténue son affirmation en commençant par dire: «Soumettez-vous les uns aux autres» (v.21), même si on peut expliquer qu’être chef à la manière du Christ, ce n’est pas dominer, écraser, exploiter, mais c’est se faire serviteur de l’autre, se sacrifier, aimer à en mourir, il n’en reste pas moins que l’épître est engluée dans la conception patriarcale du couple, conception qui a prévalu jusqu’au début du XXe siècle.

Au début de mon ministère pastoral, les liturgies de mariage engageaient encore la femme à se soumettre, ensuite on a atténué le côté hiérarchique en disant que la femme devait seconder son mari, puis petit à petit, les formules liturgiques se sont rapprochées de l’égalité des sexes en devenant symétriques. L’égalité est une belle conquête, mais elle ne règle pas la question du pouvoir dans le couple. Quand on est deux, aucune majorité démocratique ne peut se dégager à moins que la voix de l’un vaille un petit peu plus que celle de l’autre.

Le couple est donc condamné à s’entendre; mais quand, après avoir beaucoup parlé, beaucoup écouté, beaucoup cherché à comprendre, les divergences subsistent, il faudra bien que quelqu’un cède pour maintenir la paix. En général, c’est le plus faible qui cède, ou le moins têtu, ou le moins rigide, ou encore celui qui aime le moins les conflits. Il est rare que les conjoints cèdent à tour de rôle, se soumettant ainsi l’un à l’autre.

Rapport de force
Durant mes quinze années de pratique de conseiller conjugal au CSP, j’ai suivi 715 couples et, presque toujours, la question du pouvoir était sous-jacente à leurs difficultés. Que ce soit dans le dialogue, dans la sexualité, dans l’éducation des enfants, dans les choix de vie, dans les décisions à prendre, il y a presque toujours un conjoint qui s’impose et l’autre qui se soumet. Cela peut se faire tout naturellement, sans même que l’un ou l’autre en ait conscience. Si chacun est bien dans son rôle, cela peut durer longtemps jusqu’au jour où le soumis commence à se réveiller, à s’affirmer, à mettre en question le fonctionnement habituel; alors c’est la crise.

Cette crise va conduire à un nouveau partage du pouvoir ou à une séparation, à moins que le plus fort puisse imposer le statu quo et que le plus faible s’y soumette jusqu’à... la prochaine crise. L’histoire d’un couple est unique, mais le mouvement de fond est toujours le même. Le couple part de la fusion amoureuse où l’on croit ne faire plus qu’un pour aller vers la différenciation où chacun peut affirmer son identité et devenir plus autonome. Si la fusion persiste, les époux n’ont plus d’existence propre, si l’autonomie devient absolue, c’est le couple qui n’a plus d’existence. Accompagner les couples dans cette évolution à la recherche d’un équilibre entre fusion et autonomie, c’est la tâche passionnante et difficile du conseiller conjugal!  

Denis Perret

contacter le CSP

à Neuchâtel
11, rue des Parcs

tél. 032 722 19 60


à La Chaux-de-Fonds
23 rue Temple-Allemand

tél. 032 967 99 70

   
télécharger l'article (PDF, 166 Ko)
   
Archives • Infos sociales
© La Vie Protestante neuchâteloise • 2004–2007