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Antoine, personnage central de ce roman, ne parvient pas à nous conduire à Trieste, où nous est promis l’amour. Non qu’il n’y aspire pas, mais il n’arrive pas à faire aboutir ce projet. Il subit l’existence comme une éternelle chasse aux papillons où ces lépidoptères échappent toujours à son filet. Pourtant, il n’est plus «à la fleur de l’âge». Il est dans une cinquantaine bien accomplie. Après vingt-trois ans de barreau à Neuchâtel, il vient de bifurquer vers le secrétariat culturel de l’ambassade de Suisse à Paris. Célibataire, il n’est pas insensible à la gent féminine. Il sacrifie, chaque fois qu’il en a l’occasion, aux plaisirs charnels qu’elle peut lui procurer, sans que ceux-ci le conduisent à une relation plus profonde. Pour lui, «un grand amour, ça n’existe pas». L’idée de se marier ne lui vient que pour aussitôt l’écarter, et celle d’avoir un enfant à qui transmettre son patrimoine n’entre pas en ligne de compte.
En fait, Antoine reste attaché à sa mère, veuve de 73 ans, à ses yeux étonnamment jeune. Enfin et surtout, il a une affection et une admiration sans limite pour son frère Abel, de douze ans son cadet. Lequel incarne les aspirations qu’Antoine n’a pas réussi à réaliser. Abel a bourlingué dans le monde entier, pratiqué tous les métiers. Il est à la fois marié à Geneviève et pris dans les rets d’un grand amour, à Trieste précisément, avec Adriana.
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A peine installé à Paris, Antoine n’aspire qu’à être rejoint par son frère. Il lui aménage une chambre dans son appartement, probablement pour réaliser avec lui cette fusion à laquelle il tend intensément, faire à travers lui éclore ce qu’il enferme dans un cocon, devenir enfin le papillon épanoui qu’il voudrait être. Las, non seulement le frère tarde à venir, mais quand il est enfin à Paris, le rêve ne prend pas corps. Pire encore, Abel n’est pas sitôt reparti qu’Antoine apprend sa mort d’un arrêt du coeur.
Dans les pages qui évoquent le deuil du frère, le roman de François Berger atteint sa vraie dimension. De plaisant, il devient attachant et profond, par ses réflexions sur la mort: «Toute disparition d’un proche, dit-il, nous libère de l’angoisse de le perdre.» Antoine n’abandonne pas pour autant sa chasse aux papillons. «Je veux être, confie-t-il, un papillon pour lequel les cimetières sont les paradis les plus beaux!» Il ambitionne dès lors de rejoindre Trieste et de se substituer à son frère auprès d’Adriana. Ironie, celle-ci le ramène à Paris, où elle fait momentanément du théâtre, et finalement lui échappe. S’il existe, l’amour à Trieste n’est pas pour lui...
François Berger
L'amour à Trieste
Ed. L'Age d'Homme |
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