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Le XXe siècle, dans le sillage de Freud, a vu l’émergence, l’identification et le traitement des maux de l’âme, autrement dit de poids, de noeuds, de courts-circuits nés on ne sait trop quand et comment, mais qui empêchent certaines personnes, tantôt ponctuellement tantôt de façon durable, de vivre en (relative) paix. La dimension spirituelle n’est pas absente de cette problématique. L’Eglise le sait et s’est investie, par l’intermédiaire de plusieurs centres ad hoc, dans l’accompagnement et/ou l’écoute de personnes, toujours plus nombreuses, éprouvant ce genre de difficultés. Que se passe-t-il dans ces centres et que peut-on en attendre? Explications de Ruth Stierlin, simultanément théologienne et psychologue, collaboratrice de La Margelle, à Neuchâtel.
Le havre de paix que constitue La Margelle, situé à la rue de l’Ancien Hôtel-de-Ville, reçoit toute personne en quête de sens. Après plus d’une année d’expérience d’accueil dans ce lieu, certains éléments m’émeuvent toujours à nouveau, notamment le fait que chaque être humain porte en lui quelque chose d’unique. Il arrive que ce soient les problèmes existentiels qui s’imposent (santé défaillante, difficultés familiales...); la dimension spirituelle est alors souvent perçue comme une ressource. D’autres fois, ce sont les questions spirituelles qui ont la priorité: pourquoi tout cela m’arrive- t-il à moi? Est-ce que Dieu m’en veut? Suis-je puni(e)? Il convient alors de clarifier la représentation de Dieu qui se trouve derrière ces interrogations et de la rectifier par rapport à ce que le Christ nous a révélé de cette Présence mystérieuse. La façon de croire peut être marquée négativement par l’éducation religieuse ou par nos expériences de vie. Une des causes peut se situer dans l’absence d’une relation de confiance durant notre enfance avec un ou des adultes. Le développement d’une foi saine peut être gravement entravé par des premières relations caractérisées par l’insécurité, l’incohérence ou même le rejet ou l’abandon. La construction d’une relation de confiance plus tardive peut être réparatrice, même si elle s’établit à l’âge adulte. Tout en constatant ce lien entre les premières relations et la relation à Dieu, on rencontre aussi des personnes qui, malgré des expériences d’enfance difficiles, développent une foi-ressource tout à fait positive. Mystère... Les psys diront: résilience.
Autant de cas particuliers
La réalité bouscule souvent les constructions théoriques, c’est aussi vrai dans le domaine des sciences humaines en général, de la psychologie en particulier. Mais ces constructions peuvent être une boussole pour s’orienter dans l’activité d’accompagnement, surtout lorsqu’il s’étend sur une longue durée. Pour ne prendre qu’un exemple dans une telle situation, j’aimerais citer la question de l’attachement. Le besoin d’attachement est un besoin humain fondamental. Dans la relation d’accompagnement spirituel, comme dans d’autres types de relations humaines, ce besoin s’exprime d’une façon plus ou moins marquée selon les personnes et leur histoire. Il s’agit alors de gérer cet attachement en ayant conscience des phénomènes de transfert et de contre-transfert, ainsi que de celui de la dépendance; cela présuppose une connaissance de soi et une clarté sur ses limites.
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| «L’élément déterminant du cheminement est la volonté de la personne de transformer quelque chose au sein de sa vie» |
Un point qu’il est toujours fructueux de clarifier au départ d’un accompagnement, et de reprendre régulièrement, c’est l’attente des personnes. Si au départ, elle peut parfois être floue, on peut la préciser au fil des rencontres et l’adapter à la réalité, si nécessaire. Certaines personnes demandent parfois un ou deux entretiens, le temps de déposer un fardeau, de clarifier un point obscur, de s’orienter. Pour d’autres, l’accompagnement s’étend sur une certaine durée.
Pas antinomiques
Parfois, les questions abordées révèlent la nécessité d’entreprendre une démarche parallèle de type psychothérapeutique. La connaissance de différentes approches thérapeutiques est alors bien utile pour orienter la personne vers un soutien approprié. A l’opposé, nous rencontrons aussi des personnes qui ont entrepris une thérapie et qui ne ressentent pas d’évolution ou carrément un blocage. Aborder les questions sur un plan spirituel peut se révéler libérateur. Les deux démarches (psychothérapeutique et spirituelle) sont complémentaires et peuvent s’enrichir mutuellement.
Dans tous les cas, l’élément déterminant du cheminement est la volonté de la personne de transformer quelque chose au sein de sa vie.
Le fait de se trouver en dialogue dans une cellule appartenant à l’Eglise réformée, cellule qui a une ouverture oecuménique, donne une dimension particulière à ces entretiens. En effet, sans forcément l’exprimer lors de chaque rencontre, la référence spirituelle crée un espace qui marque la relation entre l’accompagnant(e) et l’accompagné(e). L’ouverture à une source extérieure peut favoriser la recherche de paix avec soi-même qui est inhérente à tout cheminement intérieur. Les rencontres peuvent être l’occasion de découvrir ou de renforcer le contact avec cette source d’Amour et de Vie. Elle se révèle alors source de consolation, baume sur des expériences douloureuses, force pour cheminer.
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Ruth Stierlin
(Photo: L. Borel)
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