La Vie Protestante neuchâteloise
n° 176 • juillet 2005
Et si l’argent ne nous manquait pas?
page du CS

Le Synode a dû accepter des comptes déficitaires. L’Eglise n’a plus les moyens de rester sur ses «rails». L’argent nous manque et cette crise nous oblige à changer notre manière de travailler et d’accomplir notre mission. Mais si l’argent ne nous manquait pas, quel avantage aurions-nous à continuer comme avant?  

J’en vois plusieurs évidents: nous pourrions travailler plus sereinement, nous aurions nos soirées d’aînés, nos repas conviviaux pour les jeunes, nos cultes dans tous les temples du canton, nous pourrions nous réjouir des progrès d’EREN 2003, ou nous féliciter d’avoir réussi à éviter EREN 2003!...

Mais le nombre de protestants continuerait de diminuer comme celui des personnes engagées, les cultes ne seraient pas plus vivants, ni les catéchumènes plus nombreux. La pénurie des ministres continuerait à nous frapper. Alors, quel avantage à avoir de l’argent? L’EREN ne devrait-elle pas, de toute façon, changer sa manière de travailler?

Un vieil ami thérapeute disait qu’il est plus simple de souffrir que de changer! Cela est valable pour l’individu mais aussi pour la vie d’une institution. Il est plus aisé de fonctionner comme par le passé car on en connaît les défauts et les avantages, que de changer. Qui implique des risques inconnus et des avantages sous forme de promesses.

Peut-être que la crise nous aidera à changer? Certes, ces considérations sont un peu théoriques parce que l’argent nous manque - il faut donc changer et agir! Elles me semblent toutefois importantes car il y a une grande différence entre être paralysés par un malheur et tenter notre chance malgré la crise.

Nous ne sommes pas les seuls. En Europe occidentale, les Eglises traditionnelles connaissent toutes une pénurie de ministres et d’argent. C’est une faible consolation, mais cela nous permet de voir comment les autres réagissent. Premier constat: uniquement économiser, à savoir supprimer des postes et abandonner des tâches, ne nous aidera pas. Car la suite logique de ces opérations est normalement la dépression des ministres. Que faire dès lors?

Je vois trois axes d’action et de réflexion:
- Développer une spiritualité réformée visible et vivante. Cette spiritualité existe sans doute, mais elle est souvent discrète et cachée. Les sociologues affirment que la religion est «en vogue»: la spiritualité un «mégatrend» (une tendance émergente), mais les Eglises n’en profitent pas. La spiritualité devrait dès lors traduire la Bonne nouvelle de l’Evangile dans nos vies et dans notre langage.
- Développer la diaconie de proximité. Nous sommes devant des problèmes sociaux majeurs. Samuel Bhend, chef de la santé publique et de la prévoyance sociale bernoises, apparente le chômage des jeunes à une bombe à retardement pour notre société. Les Eglises ont la chance d’être proches des gens et de connaître leur situation.
- Créer des réseaux de fidèles qui s’encouragent mutuellement à vivre la foi. Des équipes composées de ministres et de laïcs, de professionnels et de bénévoles, donc à compétences multiples, animeraient ces réseaux «pleins de foi et forts en expérience». Avec cette initiative (entre autres), l’Eglise développerait et la spiritualité et la diaconie de proximité.
Réaliser tout cela est-il possible? Sûrement pas d’un coup de baguette «magique», mais progressivement, à terme, sans doute! Et nous n’avons pas d’alternative. Car, comme l’énonce l’écrivain allemand Wolfgang Bittner: «Qui veut que l’Eglise reste comme elle est, ne veut pas qu’elle reste!»  

Georg Schubert, conseiller synodal,
responsable de l’Administration et des Finances
(Photo: L. Borel)

   
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