La Vie Protestante neuchâteloise
n° 177 • septembre 2005
Retrouver la voix
édito

Les pasteurs sont déboussolés. Peut-être trouvera-t-on le constat subjectif et pessimiste. Mais reconnaissons, au risque de déranger y compris les principaux concernés, qu’ils - et elles - sont peu nombreux à s’épanouir dans leur sacerdoce. Sans vouloir négliger les difficultés des bénévoles ou des conseils de paroisse, sans oublier que le monde du travail est dur pour beaucoup de salariés, le mal-être des pasteurs ne doit pas nous laisser indifférents. Hyperactifs ou barricadés dans la routine, accaparés de sollicitations contradictoires, marginalisés avec l’institution dont ils sont les premiers représentants, il est difficile pour eux de trouver un équilibre personnel et professionnel.

«On ne demande pas au pape ou au Dalaï Lama de faire le singe au caté!»

Dans tous les domaines, une profession devrait apporter des satisfactions, au-delà du simple dévouement. Les pasteurs devraient dépasser un discours bétonné de (faux) optimisme évangélique sous prétexte de vocation et oser dire ce qui ne va pas. Non pas tellement pour réclamer un quelconque confort de travail, mais bien pour exiger une refonte complète de la tâche pastorale. L’activité qui leur est confiée doit être mieux profilée, plus intéressante et donc plus valorisante.

Redisons-le: le pasteur n’est pas une patate, bonne à tout faire. Il est consacré comme «ministre de l’Evangile». Ce qui fait de lui un interprète des situations de la vie, un indicateur de sens, un guide spirituel... bref, un porte-parole.

Les pasteurs doivent donc retrouver leur voix. Et se tenir à cette spécificité de leur fonction. Dans un contexte de grande diversité religieuse et idéologique, quand le jeu médiatique impose sa loi, l’enjeu est décisif: il faut percer, argumenter, convaincre. Et séduire aussi. Pour émerger dans une société hypermédiatique et noyée par le marketing, le propos doit faire mouche, viser l’impact.

De solides compétences dans le domaine des stratégies de communication doivent venir compléter leur bagage théologique. Les pasteurs pourront alors (re)devenir les porte-voix brillants et percutants d’un Evangile qui garde toute son acuité.

Cette mission essentielle exige un sérieux travail de réflexion et de méditation. Soigneusement mûrie, la pensée doit être intelligente et perspicace, spirituelle en fait. Tâche ardue qui mérite du temps et de l’effort, ceux de l’étude. La fonction pastorale est d’abord intellectuelle, plus proche du philosophe, voire du sage que du manager ou du GO de colonies de vacances. On ne demande pas au pape ou au Dalaï Lama de faire le singe au caté!

Hommes et femmes de réflexion et de communication: voilà la vocation des pasteurs. Tout le reste peut, et devrait être confié à d’autres. Le temps est venu de reposer la question de la diversité des ministères consacrés dans les Eglises réformées. La pénurie pastorale qui se présente ne doit en aucun cas inciter à élargir ou faciliter l’accès au ministère pastoral, mais bien à diversifier les professionnels engagés au service de l’Eglise. Diacres, catéchètes, animateurs, assistants sociaux, bien sûr, mais aussi organisateurs d’événements, acteurs culturels, gestionnaires, secrétaires et concierges... Autant de services professionnalisés qui doivent être créés ou valorisés. S’il le faut, par la consécration.

On le sait: ce sont d’abord les pasteurs qu’on aura beaucoup de peine à convaincre d’abandonner certaines besognes. Il leur faut pourtant admettre que d’autres les assumeront mieux qu’eux. Cette complémentarité est une chance pour ces clercs de retrouver un rôle précis, reconnaissable et donc mieux reconnu.



Cédric Némitz

   
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