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Dans un passé pas si éloigné, à peine une pincée de siècles, l’homme, entendez l’homo sapiens mâle, bénéficiaire d’un système qui lui conférait une toute-puissance familiale, ce patriarche, tyrannique quand bon lui semblait, jouissait pratiquement, dans nos contrées, d’un droit de vie et de mort sur sa «moitié» et ses enfants. Gare à ceux qui ne se conformaient pas alors à ses inflexibles ordres, diktats qui faisaient loi par le poids de la force physique et financière de ce «monument» et par la «grâce» de sa primauté, en partie, il faut bien l’admettre, légitimée par... la Bible! La femme - et partant ses rejetons - était inféodée à son époux, seul maître après Dieu dans sa maison: ainsi étaient libellés, en substance, les contrats de mariage de l’époque, approuvés, ne l’oublions pas, par l’Eglise!
| «Quitte à subir une domination confinant à un viol inscrit depuis dans l'inconscient collectif, les femmes enduraient» |
Cette suprématie quasi absolue, qui, soit dit en passant, n’avait pas cours qu’au sein du seul cadre familial, cette suprématie, induisant le musellement de la femme - rappelons que l’on a longtemps mis en doute voire nié l’éventualité que celle-ci ait une âme!... - a dû attendre la seconde moitié du XXe siècle pour être battue en brèche. Les inamovibles servantes du ménage et du lit, ces dociles ombres muettes ont soudain osé laisser entendre qu’elles avaient d’autres aspirations que celles de servir et de faire valoir leurs preux protecteurs. Faut-il s’offusquer de cette revendication, la trouver démesurée, inappropriée, non conforme à... A quoi, au fait? A un prétendu «ordre des choses» découlant d’une hiérarchie établie au temps où nos ancêtres squattaient des cavernes, peut-être... Reconnaissons-le: la discrimination, l’asservissement dont ont été victimes nos aïeules durant des éternités sont presque aussi scandaleux, inqualifiables que l’intérêt matériel qui justifia l’esclavage.
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Dans ces conditions, cimentées par une pression sociale terrible, où l’un décidait et où les autres n’étaient tenus qu’à obéir, la famille pouvait bien paraître, mais paraître uniquement, unie - évitons d’évoquer l’idée de félicité! Pas de révoltes, de mises en question possibles: les divorces, les séparations étaient extrêmement rares. Y songeait- on même? Y songeaient- elles plutôt? Difficile à imaginer. Dès lors, quitte à étouffer, quitte à subir une domination confinant à un viol inscrit depuis dans l’inconscient collectif, les femmes enduraient. Avaient-elles d’ailleurs les moyens de faire autrement?...
Or, voilà qu’après une ère presque interminable de ce régime, l’Histoire fait sauter les verrous de leur prison: elles s’instruisent, arrachent le droit de voter, de disposer de leur corps... Bref, elles accèdent au rang d’êtres humains à part entière. Quel bouleversement, et quel retour de balancier en perspective! Et l’on voudrait que la levée de ce joug séculaire, dont nous goûtons les effets depuis peu, n’ait pas de répercussion sur la dynamique structurelle et fonctionnelle du couple, et par rebondissement sur la famille... Il ne faut pas rêver! En s’emparant de la place qui lui a si longuement été refusée, la femme d’aujourd’hui ouvre des vannes desquelles des torrents de souffrances, de cris refoulés, de frustrations et de négation de soi jaillissent et doivent s’écouler.
Que ce déferlement emporte, broie certains repères ou valeurs fondamentaux, qu’il brise certains idéaux comme celui de la famille incarnant le bonheur sans faille, qu’il angoisse notre société en menaçant de la plonger dans l’anarchie, c’est un fait! Mais un fait résultant d’une loi incontournable de la nature qui veut qu’action engendre réaction: aussi encombrant et dérangeant soit-il, il ne nous est pas donné de pouvoir refuser cet inconfortable héritage.
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