La Vie Protestante neuchâteloise
n° 178 • octobre 2005
Tranche de vie
à savoir

Alors que les chambres fédérales débattaient récemment d’un alignement des allocations familiales au plan suisse, François Konrad, assistant social au CSP, retrace le combat au quotidien d’une famille qui, comme beaucoup d’autres, vit aux limites de l’exclusion.  

Joseph (prénom d’emprunt) est marié, père de deux enfants en bas âge, et travaille à plein temps pour un salaire net de 3900 francs. Avec un loyer de 700 francs, il peine à «joindre les deux bouts». Voilà, rapidement résumée, une situation qu’il n’est pas rare de rencontrer dans un service social comme le CSP. Elle est représentative de ce que de nombreuses familles du canton vivent, et des lacunes de la politique familiale dans notre pays. Quand, deux années de suite, Joseph a vu son subside aux primes d’assurance maladie diminuer - pour cause d’économies cantonales -, il n’a pu que se résigner à compresser son budget de nourriture. De plus, dans la mesure où ses revenus sont légèrement en dessus des normes de l’aide sociale, Joseph assume complètement le paiement de ses impôts, ses frais médicaux - part de franchise et participations - ainsi que les frais dentaires qui ne sont pris en charge par aucune instance. Lui et son épouse hésitent à aller chez le médecin, car ils n’ont pas de marge dans leur budget pour ce type de frais. Quand cela est incontournable, en particulier lorsqu’il s’agit de soins dentaires, ils n’ont souvent pas d’autre issue que de recourir au soutien du CSP ou de Caritas. Et dire que nos autorités fédérales envisagent de monter le taux de participation aux frais médico-pharmaceutiques à 20% contre 10% aujourd’hui, ce afin d’éviter les abus!...

Quand Joseph et son épouse ont décidé de fonder une famille, ils habitaient un appartement de trois pièces. Ils pensaient en trouver un plus grand à la naissance de leur deuxième enfant, mais ils ont été confrontés à la dure réalité du coût des loyers, sans compter que leur salaire n’incite guère un éventuel nouveau bailleur à accepter leur candidature.

A la naissance de leurs enfants, Joseph et sa femme ont été soulagés par le versement unique de l’allocation de naissance (1200 CHF) et, pendant une année, par l’allocation maternité - complément pour les bas salaires versé durant une année. Mais ensuite, il ne leur est plus resté que les allocations familiales de 340 CHF (160 + 180), une somme certes bienvenue, mais qui ne couvre que très partiellement les frais engendrés par deux enfants.

Au vu de cette situation, certaines personnes bien intentionnées ont conseillé à Joseph de changer d’emploi. Cela faisait bien sûr longtemps qu’il y pensait, mais malgré ses recherches, il n’a rien trouvé de mieux; au contraire, sa situation professionnelle s’est plutôt péjorée, avec des salaires horaires comprenant les vacances... Mais quelles vacances?

La seule solution qui s’offre donc à une telle famille qui, bien qu’elle assume ses responsabilités, vit dans une situation financière précaire, consiste à continuer à «tenir bon», en espérant que les aides aux plus démunis ne seront pas à nouveau rabotées.  

François Konrad
(Photo: L. Borel)

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