La Vie Protestante neuchâteloise
n° 179 • novembre 2005
Nos plus belles chances: nos différences
édito

En 1901, le passage d’un Chinois à Besançon était si extraordinaire que le journal local lui consacrait la totalité d’un article, avec en grand titre: «Un Chinois en visite dans notre cité». Ce temps est révolu. Aujourd’hui, plus personne ne se retourne sur un étranger, il est devenu banal de croiser des gens de tous les continents. Pourtant, s’ils font maintenant partie du paysage, peu de Suisses savent qui ils sont vraiment. Le sujet est très vaste. La VP s’est approchée des Africains qui vivent parmi nous. Là également se cachent des cultures et des origines d’une grande diversité. Il a fallu choisir. Dans ce dossier, il ne sera ni question d’immigrés clandestins, ni de requérants d’asile ni de NEM - qui mériteraient à eux seuls qu’on leurs consacre un dossier -, mais d’Africains ordinaires, installés dans notre région, qui tentent d’y vivre, d’y travailler, d’y aller à l’école, bref, de s’intégrer tant bien que mal dans le monde occidental si différent du leur.

En allant à la découverte de quelques facettes de la vie de ces Africains, ce qui frappe d’abord, c’est la multitude de saveurs des boutiques aux parfums exotiques, et leurs clients ayant soif de discuter, de palabrer en prenant tout leur temps. Puis il y a les robes, tuniques et turbans éclatants qui mettent un peu de couleur dans le flot des complets-cravate gris. Il y a leurs combats pour obtenir du travail, obtenir un difficile équilibre entre intégration et assimilation, leur besoin de se rencontrer pour retrouver un peu de l’Afrique. Il y a le racisme ordinaire qui perdure au coin d’un préau d’école ou dans une banale course en bus. Il y a leurs spiritualités, qui contrastent avec les nôtres, exubérantes, le rythme chevillé au corps, la foi exprimée par le concert des voix. Il y a le courage de ces femmes qui se démènent pour apprendre un métier, ouvrir un magasin, comprendre les rouages du système scolaire, éduquer leurs enfants, et souvent encore assumer la bonne marche du ménage dans la pure tradition de la femme africaine.

Et par contraste, il y a ces hommes, en arrière-plan, figés dans leur rôle traditionnel, comme perdus dans un monde qui n’est pas le leur, qui semblent s’accrocher à leurs traditions et à leur culture sans paraître vouloir évoluer. Entre eux et nous, il y a parfois un fossé. Jusqu’où peut-on se comprendre? Avec un regard à la fois curieux, tendre et perplexe, et sans tomber dans un optimisme béat, il est pourtant possible de créer des ponts de part et d’autre. Pour cela, il faut prendre conscience des richesses et des limites de nos différences, et savoir que les hommes sympathiques et les insupportables sont équitablement répartis dans chaque pays, chaque tribu, chaque famille; et cela, qu’ils soient Blancs, Jaunes ou Noirs.

«C’est notre responsabilité: une bonne information éviterait bien des malentendus et des conflits»

S’il y a des attitudes qui étonnent ou irritent, il serait bon de se poser la question: comment réagirions-nous si nous étions projetés dans un pays dont nous ne connaissons ni les coutumes, ni le mode de vie? D’où l’importance de se donner des moyens efficaces pour leur permettre de s’informer sur ce qui se passe chez nous. C’est notre responsabilité: une bonne information éviterait bien des malentendus et des conflits. Pour accepter des règles, il est évident qu’il faut les connaître et surtout les comprendre.

Notre planète est petite. Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Autant le faire tout de suite. En étant convaincu que l’on a toujours à apprendre de l’autre et que la différence enrichit. Et, pourquoi pas, en se basant sur cette bonne vieille règle d’or qui dit: «Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous». Elémentaire, oui, mais loin d’être simple, car cela exige de la compréhension, du temps, de la patience et de l’indulgence réciproque.  

Corinne Baumann

   
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