La Vie Protestante neuchâteloise
n° 179 • novembre 2005
En qui ou à quoi pouvons-nous encore croire?
livres

Un livre exigeant, mais nécessaire. Journaliste et écrivain, son auteur nous offre une analyse remarquablement fouillée de l’état des croyances qui, en ce début de millénaire, motivent ou démotivent les hommes et les femmes, spécialement dans notre monde occidental. Comment nous comporter dans ce champ de ruines que présentent aujourd’hui les religions traditionnelles, mais aussi toutes les institutions politiques, scientifiques ou économiques? Sur ce champ, au milieu duquel nous devons bien composer nos modes de penser et de vivre, Jean-Claude Guillebaud jette un regard terriblement lucide, mais pas désespéré.

Aujourd’hui, comme toujours, personne ne peut vivre sans croyance. Même les athées ou les agnostiques font de leur position une conviction qui ressemble de près ou de loin à un acte de foi. En même temps, on constate que toute croyance peut évoluer vers un absolutisme ou un intégrisme. Trop souvent, elle sombre dans le sectarisme et la folle prétention d’être à elle seule toute la vérité. En son nom, on juge, on condamne, on exclut, on massacre. Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin dans l’actualité la plus récente pour voir de tels dérapages commis au nom de Dieu ou de telle idéologie politique. Si le XXe siècle a été marqué par la faillite des systèmes qui prétendaient gouverner le monde, s’il a relégué dans la sphère privée les convictions religieuses, de continuelles résurgences jaillissent et cherchent à occuper le champ libre. Ne parle-t-on pas de retour du religieux? Sous une forme éclatée, individualiste, il ne se prive pas de se figer à son tour dans des crédulités sectaires et exclusives.

Par ailleurs, il faut reconnaître qu’il n’y a pas de vie en société possible sans une croyance quelconque. Elle agit comme un ciment entre les individus, et empêche la communauté de se déliter dans des affrontements partisans et destructeurs.

Il est impossible de résumer en quelques lignes une démarche qu’avec rigueur et clarté Guillebaud poursuit sur presque quatre cents pages en s’appuyant sur beaucoup de citations de penseurs contemporains. Il faut le lire et se laisser interpeller par sa conviction que le temps est venu de reconstituer des croyances fortes qui se gardent farouchement de tout esprit sectaire et restent ouvertes aux croyances des autres. Dans ce travail de restauration, Guillebaud accorde au christianisme un rôle important, comme dépositaire et gardien d’une révélation qui en-dehors de tout catéchisme réducteur, fonde dans l’Evangile la liberté de croire et de vivre.  

Jean-Claude Guillebaud

La force de conviction

Ed. du Seuil


Michel de Montmollin

   
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