La Vie Protestante neuchâteloise
n° 180 • décembre 2005
Un Noël cinématographique pas très joyeux
cinéma

Alors que les films de Noël se bousculent au portillon, la baisse de fréquentation interpelle les professionnels de la branche. Tentative d’analyse d’une désaffection qui pourrait coûter très cher aux petites salles.  


«A ce rythme, plus personne n’arrive à vraiment faire «désirer» un film, comme c’était jadis le cas...»

La profession fait grise mine, pour ne pas dire plus... L’année qui s’achève aura été très mauvaise, voire catastrophique. Même si les films de Noël à venir cassent la baraque, la diminution de fréquentation reste indubitable. A mi-novembre, les exploitants annonçaient dix-sept pour cent de baisse par rapport à l’an passé, qui n’était déjà guère folichon! Amorcé au début de l’été 2004, ce phénomène de déperdition touche surtout le grand public, les salles «art et essai» sauvant les meubles grâce à la fidélité des cinéphiles. Les causes de cette désaffection semblent multiples: certains mettent en avant le piratage généralisé qui permet de disposer des DVD parfois avant même que les films ne sortent en salles. Les défenseurs des consommateurs crient haro sur le prix élevé des places. Entre nous soit dit, les distributeurs ont aussi leur part de responsabilité dans l’affaire. En dix ans, le nombre de sorties a ainsi quasiment doublé. Cette année, plus de cinq cents films ont occupé nos écrans. Résultat, le pauvre spectateur ne sait plus où donner de la tête.

A ce rythme, plus personne n’arrive à vraiment faire «désirer» un film, comme c’était jadis le cas… Bien évidemment, ce sont les petites salles qui ont le plus à pâtir de cette situation, d’autant plus que le plan «Media» relancé par l’issue positive des «bilatérales» ne semble guère les favoriser.

Procédant d’une approche «macro» qui est à la mesure d’un grand pays comme la France, les systèmes d’aide à la diffusion des films européens vont privilégier les multiplexes. Certes, dans un sens, c’est une amélioration, car ce soutien va favoriser la diversité de l’offre dans les grandes villes.

Mais il y a comme un ver dans le fruit: sous prétexte de conformité au «système» européen, les petits cinémas de «campagne», qui bénéficiaient par le passé d’aides parfois vitales, sont aujourd’hui mis sur la touche… Avec toutes les conséquences dramatiques que cela suppose!  

Vincent Adatte
(Photo: L. Borel)



King Kong, Kirikou et les autres

Effet d’une concurrence effrénée, les films de «Noël» déboulent sur nos écrans dès la fin du mois de novembre. Vous aurez peut-être ainsi déjà découvert la quatrième adaptation cinématographique tirée de la saga combien lucrative de la très souriante Madame Rowling. Réalisé par le réalisateur anglais Mike Newell, «Harry Potter et la coupe de feu» ne se distingue guère des épisodes antérieurs, sinon qu’il ironise sur la puberté (enfin atteinte) de ses jeunes acteurs. Bien sûr, la société Disney ne pouvait manquer de glisser une ou deux bobines sous le sapin: film d’animation 3D «Chicken Little» est des plus médiocres, avec ou sans grippe aviaire. Intitulé «Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique», le premier volet du «Monde de Narnia» semble avoir été calibré pour battre les élèves de Poudlar sur leur propre terrain.

Les zélateurs de l’exception culturelle renoueront en famille avec l’univers chamarré de Michel Ocelot qui propose dans «Kirikou et les bêtes sauvages» quatre nouvelles aventures du jeune héros minuscule, même si certains parlent déjà de déception! Nettement moins familial, le «remake » par Peter Jackson du mythique «King Kong» fait briller d’avance les mirettes de tous les fanatiques du réalisateur du «Seigneur des anneaux». Le même jour (!) s’illuminera «Angel-A», le nouveau film de Luc Besson. Il s’agirait d’une comédie interprétée par Jamel Debbouze et Gilbert Melki. Parano du cinéaste oblige, l’on n’en sait guère plus... Enfin, à l’attention des cinéphiles un brin plus exigeants, signalons les sorties des nouveaux films du Sud-Coréen Kim Ki-duk, de l’Italien Roberto Benigni et du New-yorkais Abel Ferrara, qui retrace à sa manière le destin de Marie Madeleine. (V. A.)

   
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