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L’instant semble immuable, la scène est figée: au premier plan, des parents et un nouveau- né; au deuxième plan, les animaux d’une étable. On peut ajouter un troisième plan: des anges, des bergers et des mages, tous en visite. Scène mille fois rejouée, mille et mille fois représentée, à toutes les époques, dans tous les styles.
Le moment est pourtant anodin. Chaque couple qui prend la pose avec son dernierné ressemble à cette famille de l’an 1 qu’on prétend «sainte». D’une femme et dans la douleur, avec un papa juste à côté, Jésus est né comme tous les bébés du monde et de l’histoire. Contrairement à ce qu’on raconte souvent, les parents n’étaient pas si pauvres et leur logement de fortune n’avait rien de terriblement précaire pour des voyageurs. La paille de la crèche a dû piquer le derrière du sauveur: c’est assez banal!
Comment alors expliquer le succès universel et intemporel des crèches? Pourquoi focaliser sur cet instant de la naissance, alors que pour Jésus, tout reste à faire, à dire... et à endurer? Faut-il y voir une sensiblerie excessive, un attrait pour le mièvre et le gentillet qui conviennent au temps de Noël? Les crèches sont-elles faites pour assouvir le sentimentalisme des enfants sages et de leurs grands-mères?
On aurait tort de mépriser cette expression sincère de la piété populaire. Avec la crèche, tout est dit. L’air de rien. Simple ne rime pas avec simplet et la foi ne se nourrit pas que de discours théologiques subtils. C’est le génie propre du christianisme d’exprimer les vérités infinies sans quitter le concret de la vie quotidienne: de l’eau, du pain et du vin, des paraboles... une scène de naissance. Pour les chrétiens, Dieu ne craint pas la pâte humaine. Au contraire, il l’a choisie: c’est tout le sens de Noël.
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Une crèche propose le condensé de cette Bonne Nouvelle. L’histoire du salut y est ramassée, le drame humain récapitulé... et dénoué. L’air de rien. Ce drame ancien du divorce d’avec Dieu, cet abîme d’incompréhension réciproque qui sépare le Très-haut des très-bas. Lui si fort, si juste, si exigeant. Nous si vulnérables. Il trône dans les splendeurs du ciel et nous restons sur la paille.
| «C’est le génie propre du christianisme d’exprimer les vérités infinies sans quitter le concret de la vie quotidienne» |
La scène de la crèche renverse la vapeur. Depuis ce jour de Noël, Dieu n’est plus à chercher dans son ciel - pour un Dieu, cela ne va pas de soi! Il s’immerge dans la modeste réalité de nos existences. La Parole prend chair. L’Eternel se fait présent... dans les odeurs d’une étable. Le bébé est couché dans une mangeoire. Quoi de plus trivial? Quoi de plus mystérieux! Tout ce que les patriarches ont pu attendre, tout ce que les prophètes ont pu annoncer, tout ce que les croyants ont pu célébrer, tout ce que les théologiens ont pu écrire se matérialise dans cette scène évidente.
De Dieu, il n’y a rien d’autre à comprendre, rien d’autre à expliquer. Tout part de là et y revient. Quand une trentaine d’années après, Jésus meurt sur la croix, ce n’est que l’aboutissement de ce que la crèche a déjà représenté: Dieu chez nous, avec nous, comme nous. En bois, en grès, en paille, les crèches perpétuent ce message. Simple et sublime. L’air de rien.
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