La Vie Protestante neuchâteloise
n° 182 • mars 2006
Mort à venir
livres

La mort est inscrite en nous dès notre naissance. Inéluctable, elle surviendra un jour. Pourquoi alors commerçons-nous avec elle de façon difficile? Soit nous l’évacuons et vivons comme si nous ne devions jamais mourir, soit sa proximité nous effraie et nous fait souffrir.

Marie de Hennezel nous aide à nous réapproprier la mort comme un événement naturel. Elle montre qu’il y a moins d’angoisse à vivre avec elle qu’à la refouler. Elle cite ainsi Jacques Prévert: «La mort est dans la vie, la vie aidant la mort. La vie est dans la mort, la mort aidant la vie.» L’auteure sait ce qu’elle évoque: consultante dans une unité de soins palliatifs, elle a accompagné nombre de malades au seuil de la mort, et appuie, par une écoute et une présence, le personnel médical et infirmier confronté quotidiennement à cette réalité. Dans son livre, elle se réfère à une situation exemplaire, celle d’un homme encore jeune, atteint d’une insuffisance respiratoire gravissime. Conscient de son état, il a su faire de l’imminence de sa mort une démonstration de vie. Il le put grâce une spiritualité intense, qu’il nourrissait dans l’hindouisme et les traditions occidentales. Il illustra qu’accepter la mort peut faire aimer la vie de façon d’autant plus profonde. Ce ne sont pas tant les croyances religieuses qui aident à vivre et à mourir que l’épaisseur d’une vie. Marie de Hennezel cite le théologien catholique Maurice Zundel:

«Le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort... S’il y avait en nous une source jaillissante, si notre vie portait partout la lumière, la mort serait progressivement vaincue.» Elle évoque aussi l’engouement actuel pour le droit de choisir le moment de sa mort, dans la dignité, expliquant cette adhésion massive par la peur des conditions dans lesquelles on meurt aujourd’hui, solitaire, coupé de ceux qui pourraient nous accompagner. Et de conclure: «Ce n’est pas tant la croyance dans une vie après la mort qui aide à vivre et à mourir, mais le courage de vivre le réel, tel qu’il est.»

Marie de Hennezel

Mourir les yeux ouverts

Ed. Albin Michel


Michel de Montmollin

   
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