La Vie Protestante neuchâteloise
n° 183 • avril 2006
Douleurs au féminin
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«The Secret Life of Words» et «Ryna»: deux films tournés par autant de femmes, qui montrent deux existences malmenées.

Par un heureux hasard du calendrier, deux beaux (et déchirants) films de femmes vont investir nos écrans à quelques jours d’intervalle. Un lien mystérieux unit de surcroît leurs sujets profonds. Dans les deux cas, nous nous trouvons confrontés au drame de deux jeunes filles de «l’Est» victimes de l’ignominie masculine qui, on le sait, peut atteindre des hauteurs vertigineuses. Plus expérimentée, la cinéaste catalane Isabelle Coixet évoque l’irreprésentable dans «The Secret Life of Words» («La vie secrète des mots»). Ouvrière dans une usine nord-américaine, la fragile Hanna (Sarah Polley) décide de prendre un peu de répit. Suite à un concours de circonstances, elle se retrouve sur une plate-forme pétrolière en pleine mer, à soigner Josef (Tim Robbins), un homme accidenté qui a perdu momentanément la vue.

«C’est le drame de deux jeunes filles de «l’Est» victimes de l’ignominie masculine»

Perdu dans ses ténèbres, Josef s’éprend de sa mystérieuse infirmière. Aveugle, il ne voit pas que le corps gracile d’Hanna est complètement couvert de cicatrices épouvantables. On n’en dira pas plus, sinon que le passé combien meurtri de la protagoniste a partie liée avec le drame qui s’est joué en ex-Yougoslavie…

L’autre film «au féminin», tout aussi poignant, a pour titre «Ryna», un simple prénom, celui du personnage principal de ce premier long-métrage dont la Suisse est le coproducteur majoritaire. Sa jeune réalisatrice, Ruxandra Zenide, est roumaine, mais a étudié à Genève… Au bord du Danube, dans une campagne perdue peu propice aux rêves d’émancipation, Ryna (Doroteea Petre) est une jeune fille de seize ans qui vit sous la coupe de son père. Ce dernier possède l’unique pompe à essence à des kilomètres à la ronde. L’homme aurait de loin préféré avoir un garçon et a toutes les peines du monde à accepter que sa «petite fille» devienne une femme. Pourtant, il la jettera en pâture au maire du village voisin qui hésite à renouveler sa très précieuse patente…

Primée au dernier Festival Tout Ecran à Genève, cette œuvre très maîtrisée, au caractère élégiaque trompeur, démontre que l’Europe a encore fort à faire dans le domaine du droit des femmes à disposer de leurs corps. Exemplaire!

Vincent Adatte

Une chance pour le cinéma

A constater leur nombre, en constante augmentation dans la plupart des écoles de cinéma, il semble que les femmes cinéastes se font et vont se faire de plus en plus nombreuses de par le monde, exception faite des Etats-Unis où Hollywood fait toujours figure de citadelle machiste imprenable ou presque! C’est une grande chance pour le cinéma, car elles font souvent preuve d’une plus grande indépendance que leurs collègues masculins. C’est qu’elles ont encore beaucoup à montrer de leurs âmes, corps, désirs, peurs et haines. Dans le même mouvement, ayant désormais accédé au pouvoir de représenter leurs «sœurs» et semblables, les réalisatrices se sentent aussi investies du devoir de mémoire, de témoignage, d’indignation. C’est pourquoi, souvent, leurs films réussissent à tisser des liens de solidarité invisibles, impalpables, mais ô combien agissants. Il en va ainsi de la Catalane Isabelle Coixet et de son indicible «Vie secrète des mots» et de la Roumaine Ruxandra Zenide avec le bouleversant «Ryna».

   
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