La Vie Protestante neuchâteloise
n° 183 • avril 2006
L'œcuménisme est mort! Vive l'œcuménisme!
édito

Triste prise de conscience, mais comme à la mort d’un roi, espoir d’un temps nouveau, autre!

Tous les efforts depuis un siècle (Edimbourg 1910, Lausanne 1927... aboutissant à la création du Conseil œcuménique des Eglises pendant la 2e Guerre mondiale), tout le travail conduisant à Vatican II, tous les pas communs, si importants, pour un recul, une obligation de renoncer à nouveau. On espérait ensemble! Nous vivons maintenant, à la base, un œcuménisme de l’amertume partagée. Du côté catholique, l’aggiornamento miraculeux s’est transformé en décalage de plus en plus inquiétant par rapport à nos sociétés et leur urgence de survie. Du côté protestant, le morcellement s’est poursuivi, avec en plus de dangereux mélanges, avec des politiques réactionnaires.

Les déceptions successives rendent le coeur malade. Il faut repartir avec un autre souffle. Car, l’avenir ne sera qu’ensemble. L’Eglise universelle est malade des manques croissants de chaque confession. Une chose demeure, plus forte que jamais, la prière de Jésus: Père, qu’ils soient un, afin que le monde croie... Qu’elle est bafouée, cette prière! Et le monde se perd dans les conflits, les dangers les plus démentiels, passant à côté de l’amour qui était pour lui.

Il faut réaliser toujours plus décidément, mais autrement, cette «unité» qui donnera confiance au monde. Tant pis pour les hiérarchies. Chercher dans l’humain, pour l’humain, sans perdre de temps ni de force. En suivant la Charte œcuménique de la Conférence des Eglises européennes. Là où il y a urgence.

 

Les protestants ont été trop réservés ou timorés. Pourtant, catholiques et protestants assoiffés d’unité et d’amour, nous savons bien que ce n’est qu’en étant honnêtement profondément soi-même qu’on se trouve et qu’on se donne. De vrais protestants doivent protester. Il y a des choses inadmissibles. Retrouvons la fierté et les raisons de notre origine, et notre responsabilité! Aidons nos frères et sœurs catholiques à exiger la réforme de leur Eglise et à lui faire réaliser tout ce qu’elle perd en serviteurs et servantes engagés. Prier pour eux, espérer avec elles. Les accueillir dans notre communion, dans notre maison, pour qu’ils gardent espoir. Pour cela, la rendre habitable, cette maison, et changer ce qu’ils nous ont montré qui n’allait pas.

«Une chose demeure, plus forte que jamais, la prière de Jésus: Père, qu'ils soient un, afin que le monde croie...»

Et vivre maintenant l’œcuménisme au ras du quotidien et d’un engagement aussi réel que concret. Et avec tous les humains de toutes les religions dont le cœur bat de compassion. La famille chrétienne ne se retrouvera peut-être que quand elle sera sortie à la rencontre des autres familles, dans l’amour du Christ, du souffrant, sur le terrain. Vivre la Parole incarnée, trouver avec tous et toutes une volonté pour une terre qui ne meure pas, pour une humanité qui apprenne à gérer les conflits. S’engager partout, sans étiquette, hors Eglise, par une présence, une compassion, une action. Le temps presse, plus que jamais. Et je ne vais pas vous faire l’offense de vous décrire la situation.

Marie-Josèphe Glardon

   
   
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