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Dans le sillage des «Visions du Réel» de Nyon, deux documentaires indispensables sont à découvrir dans les meilleurs cinémas.
Organisées à fin avril chaque année à Nyon, les «Visions du Réel» sont devenues au fil de leurs éditions un festival incontournable. Le documentaire de cinéma y est célébré à sa juste valeur, très loin des ersatz décérébrés usinés par les chaînes de télé. Comme de coutume, deux grands cinéastes ont été invités à animer un atelier de réflexion. Le Cambodgien Rithy Panh et l’Israélien Avi Amograbi partagent un même souci d’éthique et croient toujours aux vertus du réel. Ces prochaines semaines, leurs deux derniers films en date sont censés sortir sur nos (grands) écrans. Guettez-les et ne les ratez sous aucun prétexte…
| «Des naïfs pensaient que la télévision prendrait le relais du cinéma en matière de documentaire...» |
En 1994, le plus grand théâtre de Pnom Penh a brûlé. Depuis lors, ses comédiens promènent leur oisiveté à ciel ouvert, hantés qu’ils sont encore par le souvenir du génocide. Avec «Les artistes du théâtre brûlé», Rithy Panh poursuit son exorcisme mélancolique du passé qu’il avait déjà porté à incandescence dans «S21, la machine de mort khmère rouge» où il faisait rejouer aux bourreaux en repentance leurs gestes tragiques.
C’est un signe qui ne trompe pas, le cinéma israélien est actuellement «secoué» par un courant documentaire d’une force rare, dont les représentants s’échinent à donner le contre-champ des conséquences de la politique israélienne. A la manière d’un Nanni Moretti, le réalisateur Avi Mograbi a longtemps privilégié l’ironie, la farce, jouant volontairement au bouffon pour décrire l’inanité des politiques confrontés au «problème» palestinien. Aujourd’hui, il n’a visiblement plus envie de rire, ainsi que le montre «Pour un seul de mes deux yeux». Comme d’habitude, Mograbi reste à l’écran, mais il ne fait plus du tout l’histrion, même s’il se prend toujours de bec avec les soldats de son pays en piquant ses colères légendaires.
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Par le biais d’un montage alterné d’une subjectivité pleinement assumée, il montre la culture de mort qui pèse désormais sur toute la région, remontant à juste titre jusqu’à l’attentat suicide de Samson contre les Philistins pour indiquer que les Palestiniens n’ont pas toujours eu le monopole de ce genre d’acte désespéré!
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L'emprise de la télévision
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D’aucuns pensaient très naïvement que la télévision prendrait le relais du cinéma en matière de documentaire. C’était sans compter la machine à uniformiser impitoyable que constitue notre satané tube cathodique! Tant que le petit écran tétait un brin les mamelles citoyennes du savoir et de la connaissance, l’utopie pouvait être encore de mise. Aujourd’hui que la télé ne sacrifie plus guère qu’au divertissement et à l’étalage très raisonné de notre médiocrité de proximité, il faut se rendre à la triste évidence...Réaliser un documentaire pour la petite lucarne implique le plus souvent de se soumettre à un formatage lénifiant dicté par une prétendue ligne «éditoriale» dont le responsable confond Vertov ou Flaherty (les deux pères fondateurs du genre) avec une marque de yoghourt ou de tondeuse à gazon. De fait, le style «rentre-dedans» de la télé qui rend impossible toute distanciation représente l’antithèse même d’une véritable approche documentaire. Partant, il faut se réfugier dans les salles obscures pour découvrir un chef-d’œuvre comme «Pour un seul de mes deux yeux»! (V. A.)
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