La Vie Protestante neuchâteloise
n° 184 • mai 2006
Entre le pire et le meilleur...
édito

Le symbole rehausse. Il désembourbe un monde empêtré dans son réalisme froid et désillusionné. A l’image du clocher tendu vers le ciel, dressé comme un doigt qui indique l’essentiel. Le symbole nous rappelle qu’il y a un ciel au-dessus de la terre, un sens dissimulé derrière la trivialité des choses.

La force du symbole, c’est sa simplicité. Il touche droit au cœur sans pour autant mépriser l’intelligence. Quelques lignes, une forme, un geste ou une couleur, et ce sont des espérances, des vérités, des infinis qu’on arrive à exprimer. Un chandelier, une croix ou un croissant: Dieu n’a pas d’image, mais les croyants se retrouvent autour de ces sigles élémentaires. Le signe est vénéré pour tout ce qu’il représente.

Chacun y a accès. C’est pour cela que les symboles fédèrent si bien les humains. La statue d’une femme à l’entrée du port de New York: comment mieux exprimer l’idéal universel de liberté? Reconstituée sur une place de Pékin par une foule d’étudiants, la figure peut faire trembler la plus grande des dictatures.

Simple mais puissant, le symbole est aussi fragile. Parce qu’il peut être travesti. En Ukraine, l’orange porte les espoirs démocratiques de tout un peuple. Arboré par les colons israéliens de Gaza qui s’opposent à leur évacuation d’un territoire qu’ils occupent illégitimement, la couleur perd son lustre. Le symbole reste soumis à l’interprétation subjective des hommes et des femmes, son sens ne cesse d’évoluer. Il peut même être trahi.

La croix n’échappe pas à cette règle. Absente de la symbolique chrétienne pendant pas moins de quatre siècles, elle évoque d’abord un horrible instrument d’exécution. La croix, c’est la guillotine de l’Antiquité, la chaise électrique des Romains. Il faut attendre l’empereur Constantin pour qu’elle change de signification: rappelant une mort qui délivre du souci de perfection, elle devient un signe de victoire et de libération. Mais arborée par les soldats croisés quelques siècles plus tard, elle prend la marque du fanatisme religieux. Aujourd’hui, ballottée sur la gorge de certaines chanteuses de rock, on se demande ce qu’elle peut bien encore signifier.

«Ballottée sur la gorge de certaines chanteuses de rock, on se demande ce que la croix peut encore signifier»

Le symbole peut perdre son sens. Instrumentalisé par la pub, il nous berce d’illusions. La pomme mordue qui est incrustée au dos de mon ordinateur n’a plus grand-chose à voir avec le fruit défendu du premier couple humain. Qu’importe: le marketing se charge de me faire croire que la possession de cet objet me change la vie. Les ados sont les premières victimes de cette manipulation: ils se projettent dans leur marque, croyant que la griffe d’une chaussure construit une identité. En fait, le symbole est vide, il ne porte plus aucune perspective, plus aucun idéal. Seuls les tiroirs-caisses fonctionnent!

Simples et puissants, riches de sens ou tout simplement vides et manipulateurs, les symboles accompagnent nos vies. Ils sont capables du meilleur... et du pire. Ce serait une erreur de les sous-estimer.

Cédric Némitz

   
   
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